TEST – Catherine Full Body

LE JEU DE LA TENTATION
4.5

En deux mots :

Catherine : Full Body est une oeuvre trop rare. Sexy et élégant, drôle et effrayant, profond et parfois tellement naïf. Un jeu qui n’est certes pas à mettre entre toutes les mains mais qui proposait déjà quelque chose de différent à l’époque et profite de son remaster de luxe pour se moderniser graphiquement, dans ses mécaniques mais également dans son propos.

En 2021, ce n’est peut-être plus aussi évident, mais il fut un temps où le jeu vidéo était considéré principalement comme un loisir pour enfants. Jusqu’au début des années 90, il était, en effet, rare d’envisager une publicité pour un jeu qui ne vise pas un public jeune. Idem pour les mascottes qui n’étaient généralement que des figures sympathiques et amusantes. Ces jeunes joueurs ont grandi et c’est ainsi que l’on a vu les personnages, les thématiques et les messages évoluer avec eux.

Parmi toutes les thématiques que l’on peut retrouver aujourd’hui dans le paysage vidéoludique, il en est une qui a toujours été assez glissante : l’érotisme. Peu de jeux en ont fait une thématique sans tomber dans le graveleux et le racoleur. Ce n’est pas le cas de Catherine, sorti le 9 février 2012 sur Xbox 360 et Playstation 3. Édité et développé par Altus, qui a fait beaucoup parler à l’époque notamment pour ses thématiques abordées, mais également pour la curiosité de son scénario et son univers.

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Attention, je ne vous parle pas ici d’un simple jeu un peu coquin ou encore du dernier Dead or Alive, non. Catherine est un visual novel / puzzle game / jeu de drague le tout saupoudré d’un univers érotico-ésotérique qui s’est tout de même donné la mission d’aborder un propos mature avec sérieux (mais pas trop). Et avec un score métacritic de 79, on peut dire qu’il s’en sort avec les honneurs, d’autant plus qu’en 2019, Catherine s’est refait une beauté et s’est même offert quelques nouveautés chez Studio Zero afin de faire parler de lui sur Playstation 4 et Nintendo Switch.

Chérie, ce n’est pas ce que je crois !

Le jeu nous plonge dans la vie de Vincent, salaryman japonais approchant la trentaine, un peu paumé et abonné au bar du coin où il retrouve ses amis tous les soirs de la semaine. Sa régulière, Katherine avec un K, avec qui il est en couple depuis des années, souhaite que leur relation passe un cap, espérant de lui un réel engagement et qu’il prenne sa vie d’adulte en main. Un soir, au bar quotidien, il fait la rencontre de Catherine avec un C, beauté très excentrique et sexy, qui le drague sans détour. Le matin suivant, il se réveille à ses côtés, ne se souvient plus de rien, mais doit bien constater la réalité des faits : l’adultère a été commis. Sa surprise est d’autant plus forte que sa nuit n’avait pourtant pas été aussi agréable que l’on pourrait le croire. Ce dernier s’était, en effet, retrouvé en slip, et avec des cornes, il devait grimper de hauts murs accompagnés d’hommes transformés en moutons doués de parole qui, comme lui, ne savaient pas ce qu’ils faisaient là. Il découvrira par la suite que ces hommes partagent tous un point commun et que mourir dans ces rêves signifie mourir pour de vrai…

Le pitch peut paraître quelque peu déroutant, mais derrière lui se cache une histoire tout à fait accrocheuse, avec quelques rebondissements bienvenus. La thématique du passage à l’âge adulte et du choix d’assumer ou non ses responsabilités en tant qu’homme est traitée de manière soignée. À l’instar du choix qui s’offre à Vincent entre Catherine et Katherine, il serait aisé d’imaginer que le jeu ne dispose que de peu de fins. Il n’en est rien, et les choix du joueur ont un réel impact sur le devenir de ce cher Vincent. De plus, dans la version Full Body du jeu, ce n’est pas moins de 13 fins qui attendent notre protagoniste.

La binarité des caractères des prétendantes était, peut-être, le seul point mitigé de la version de 2012, réalisant un grand écart des personnalités (entre la fille sérieuse à lunettes et celle blonde en nuisette). La version de 2019 a l’intelligence d’ajouter une nouvelle prétendante : Qaterine ou Rin, sur laquelle Vincent tombe, littéralement, par hasard, et qui, mine de rien, s’intègre plutôt bien à une narration déjà bouclée permettant d’ajouter une vraie nuance au propos du jeu sur l’amour, la sexualité et d’autres questions très actuelles, en plus de venir modifier quelque peu le gameplay.

Le côté horrifique ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe et de réels enjeux découlent de ces phases de grimpettes, en plus de donner à notre héros l’occasion de vaincre ses peurs et de s’élever. La métaphore n’est peut-être pas subtile, mais redoutablement efficace en plus de permettre une réelle empathie du joueur dès lors que l’on fait monter la difficulté.

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Car oui le jeu, en plus d’être un visual novel tout à fait intriguant, se paye également le luxe d’avoir un gameplay très bien huilé. La routine du jeu se compose de deux principales phases. La première nous situe dans le bar où se retrouvent, tous les jours de la semaine, notre protagoniste et ses amis : le Stray Sheep. Ces moments sont l’occasion d’échanger avec tout un tas de personnages qui, pour certains, nous retrouvent à la nuit tombée et pour d’autres sont juste l’occasion de réfléchir aux problématiques que traverse notre héros. Il est également possible pour le joueur de construire et d’envoyer des textos afin de répondre à ses prétendantes ainsi que de jouer à la borne d’arcade qui reprend le gameplay proposé au joueur lors de la deuxième phase, une fois les yeux de Vincent fermés.

Catherine Full Body test my geek actu 2

Ces phases de puzzle composent le cœur du gameplay du jeu et sont intelligemment construites et variées en plus de représenter un réel challenge. Si les premiers niveaux font très bien leur job de tutoriel, le jeu réinvente très bien les situations afin d’éviter un caractère répétitif qui pourrait fortement le guetter. Nous n’avons pas juste nos petits bras pour grimper ces monts de blocs, des objets sont disponibles et le terme de « bonus » n’a jamais été aussi vrai, tant certaines utilisations de ces derniers peuvent être libératrices de situations au premier regard, absolument sans espoir. L’apport de Rin permet également d’ajouter un support de poids à Vincent en suspendant le temps quelques secondes lorsque la chute paraît inévitable, et nous permet de réfléchir à un ultime mouvement salvateur.

Catherine Full Body test my geek actu 2

Pour couronner le tout, en plus du puzzle parfois retors, Vincent trouve sur sa route certains compagnons d’infortune qui font office d’obstacles et que dire des boss aux designs horrifiques représentant chacun une peur de Vincent, et qui déploient effort sur effort pour rendre l’ascension plus pénible !

Une remasterisation de qualité

Le jeu est globalement beau, et outre les séquences d’animation de bonne facture, la version Full Body permet d’expérimenter un nouveau moteur de jeu qui apporte un plus notamment en terme de gestion des lumières, ce qui est flagrant dans le Stray Sheep dont l’ambiance paraît totalement retravaillée en comparaison de la version de 2012.

Catherine Full Body test my geek actu 3

Mon avis

Catherine est l’exemple type du jeu qui s’achète pour une raison et qui se joue pour une autre. Attiré par la jaquette affriolante, on se retrouve plongé dans une histoire souvent sérieuse et assez sombre. Un gameplay efficace et accessible accompagné d’une narration très bien menée avec une petite touche d’horreur et d’érotisme savamment dosée ! Les apports du remaster sont très loin d’être juste visuels et proposent même de redonner de l’intérêt à ces phases de grimpe une fois maîtrisées. Un jeu que l’on parcourt avec fascination et qui nous emporte totalement, mais différemment, que l’on ait 20 ou 30 ans.

anthonybzdi

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