REVIEW – Hakubo

UN BEAU GÂCHIS
2.2

En deux mots :

Hakubo est un moyen-métrage ni bon ni mauvais. L’histoire, sans originalité, reste sympathique et la bande originale s’accorde à merveille aux nuances de couleurs du ciel dépeint. Cependant, cela ne sauve pas le film d’une certaine monotonie pouvant conduire à l’ennui.

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Hakubo ou Crépuscule en français, est un film d’animation sorti en juin 2019 au Japon et le 4 août 2020 en France sur la plateforme de streaming Crunchyroll. À sa charge, Twilight Studio, créé à l’occasion du moyen-métrage, et dirigé par le réalisateur Yamamoto Yutaka (Wake Up Girls!) qui signe ici son dernier projet dans l’industrie de l’animation, suite à l’échec commercial et critique de ce film. Oui, oui, je parle bien d’Hakubo. Pour l’anecdote, le film a pu voir le jour grâce à une campagne de financement participatif à laquelle les fans du réalisateur ont répondu massivement. Cependant, ce dernier n’a pas pu tenir les délais, et le film, originellement un long-métrage, s’est transformé en moyen-métrage de 45 minutes. Hakubo est le dernier projet d’animation de la trilogie du Tōhoku, menée par Yamamoto Yutaka, qui met en scène des œuvres dont l’action se passe dans la région du même nom, frappée par la triple catastrophe du 11 mars 2011. Pour ceux qui se posent la question, nul besoin d’avoir regardé les deux précédents “films” de la trilogie, Blossom et Wake Up Girls! pour comprendre Hakubo.

Le pitch

Dans la préfecture de Fukushima, Sachi Koyama est une lycéenne plutôt réservée qui prépare activement l’audition de son club de musique en tant que violoniste. Yusuke Kijinami est, quant à lui, un lycéen ordinaire qui se passionne pour la peinture de paysages. Suite à la catastrophe sismique de 2011, les deux lycéens se rencontrent grâce à leur intérêt commun pour les paysages au crépuscule. L’occasion pour eux de découvrir les premiers émois amoureux et une joie de vivre nouvelle après ces événements qui ont marqué leur adolescence.

Après la pluie, le beau temps (ou presque)

Les premières minutes du moyen-métrage sont plutôt lentes, mettant davantage en avant les sublimes paysages crépusculaires, que les protagonistes. L’héroïne, Sachi, est une jeune fille de 17 ans férue de violon, en pleine quête identitaire, mais qui ne semble pas vraiment intéressée par les relations sociales. Elle a son club de musique, et ça lui suffit. Plutôt introvertie, elle aime profiter des choses simples seule, tels que les couchers de soleil. La narration, de son point de vue, est au départ suffisante pour tenter de comprendre la lycéenne et sa manière de voir le monde. Sa rencontre avec Kiji, un garçon de son âge, va (bien entendu) bouleverser son quotidien bien rangé. Artiste lui aussi, il peint à ses heures perdues, et semble avoir la même passion que Sachi pour les crépuscules. Inévitablement, tous deux tombent amoureux. Leur romance est plutôt mignonne, bien qu’elle n’ait absolument rien d’original. Son évolution est prévisible à souhait malgré quelques “twists”. On aurait pu mettre ça sur le compte du format du film, à savoir un moyen-métrage, qui n’a pas le temps de développer celle-ci. Mais la romance, quelque peu expédiée, n’est pas la seule à avoir été finalement bâclée.

Avant tout visionnage, ce qui m’a intéressée dans Hakubo, c’est la volonté du réalisateur et du studio de mettre en exergue la catastrophe de mars 2011 qui a touché le Japon, et particulièrement Fukushima. Aussi pouvait-on imaginer que l’histoire prendrait naturellement place après ces tristes événements, racontant les traumatismes issus de ces derniers sur les habitants de la région. Mais il n’en est rien, ou presque. Alors oui, Sachi semble marquée par le séisme et ce qui en a découlé. Cependant, on ne l’apprend que parce que sa sœur en parle, autrement, ce n’est pas une évidence. Pour Kiji, le traumatisme est effectivement plus présent. Mais le film survole une nouvelle fois cette intrigue qui, pourtant, aurait pu redonner un coup de fouet à Hakubo. Le moyen-métrage en aurait bien eu besoin, car outre la romance, il ne se passe pas grand chose.

Un curieux mélange de couleurs

Au-delà de la romance et du message raté que voulait faire passer Yamamoto Yutaka sur le drame de mars 2011, il ne reste que peu de choses à dire sur Hakubo. Hormis le couple principal, les autres personnages ne font que de la figuration et n’apportent rien à l’intrigue. On retiendra néanmoins Hii, l’amie très agaçante de Sachi, qu’on ne peut s’empêcher de détester tant celle-ci est égoïste et insupportable. Mais c’est tout. En revanche, j’ai bien apprécié l’ambiance simple et douce dans laquelle nous plonge le film, avec une certaine sérénité qui s’en dégage. La bande originale est efficace, avec des morceaux de violon en parfaite harmonie avec les visuels, et surtout, les représentations somptueuses du ciel. Mention spéciale pour l’ending Tooku interprété avec une grande délicatesse par Azuma Hitomi.

Si les décors sont en effet plutôt réussis, l’animation peut laisser sceptique. Il y a un certain contraste entre les nuances de couleurs du ciel travaillées avec précision et le chara-design assez singulier. Les expressions faciales sont difficilement perceptibles, notamment au niveau des sourires. Et au niveau de l’animation, celle-ci est tantôt très (trop) rapide tantôt presque statique. Voilà qui est bien dommage.

Mon avis

Je n’irai pas jusqu’à dire que Hakubo est mauvais. Disons que c’est un divertissement sympathique mais très loin d’être transcendant. Je n’avais pas de grandes attentes concernant le film, mais celui-ci m’a tout de même laissée déçue et quelque peu frustrée. La poésie du début s’estompe très rapidement au profit de l’ennui, d’autant plus que la romance, réel intérêt du film, s’avère sans saveur et surtout expédiée. Et surtout, le message initial du réalisateur, à savoir qu’il faut continuer à vivre après un drame, est complètement passé à la trappe. Un beau gâchis.

Anna LESBROS

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