REVIEW – Golden Sheep

DÉTRUIRE POUR MIEUX RENAÎTRE
4.1

En deux mots :

Golden Sheep est un seinen fort sympathique, avec des personnages bien pensés qui font face aux premiers émois adolescents. Belle découverte !

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Golden Sheep ou Kin no Hitsuji de son titre originalest un manga de type seinen écrit et dessiné par Kaori Ozaki, auteure des one shots Our summer Holiday et Mermaid prince. Lancée en 2017 au Japon, la série s’est achevée l’année dernière suite à la publication de son troisième tome, au pays du Soleil-Levant. En France, le manga est sorti en juin 2020 aux éditions Delcourt Tonkam. Très attendu par les fans de Kaori Ozaki, Golden Sheep ne déçoit pas, et livre une histoire sur la difficile transition de l’enfance à l’âge adulte sur fond d’amitiés mais aussi d’idées noires.

Le pitch

Tsugu Miikura joue de la guitare électrique. Tandis qu’elle est encore en primaire, sa famille décide de déménager. Mais avant de partir, elle et ses copains – Sora, Yūshin et Asari – enterrent tous ensemble une capsule temporelle, comme une promesse de se réunir au même endroit, dans sept ans. Et le jour dit, miracle… aucun ne manque à l’appel ! Pourtant, très vite, la joie des retrouvailles cède la place aux brisures de ce groupe d’amis qui n’ont pas été épargnés par l’existence.

La désillusion adolescente

Golden Sheep est le récit de quatre adolescents aux destins indubitablement liés, et ce notamment par les sentiments provoqués par l’adolescence. D’entrée de jeu, le seinen place le lecteur au paroxysme de ces émotions, en l’occurrence négatives, avec une image forte : une tentative de suicide. On se demande instantanément pourquoi, comment le personnage en est arrivé là, bref, tout est fait pour que l’on s’interroge. Cette ellipse narrative, parti-pris de l’auteure, capte ainsi l’intérêt du lecteur dès les premières pages. Mais alors, que s’est-il passé ? Sous forme de flash-back, le manga annonce le retour de Tsugu comme l’élément déclencheur de l’acte manqué de Sora. Mais on comprend très vite que la douleur de ce dernier est présente depuis bien longtemps. Kaori Ozaki a l’art et la manière de représenter l’adolescence et ce qui en découle, dans l’ensemble de ses oeuvres. Dans chacune d’elles, l’auteure aborde de manière juste et touchante ces émotions, qui concerne finalement tout un chacun, personnages comme lecteurs. Ainsi, sous ses traits enfantins, proches du shōjo, Golden Sheep dégage en réalité une grande mélancolie.

La transition entre l’enfance et l’âge adulte est ici présentée avec brutalité. Si Tsugu semble restée bloquée dans ses souvenirs, où tout était plus simple, les autres membres du petit groupe s’avèrent plus réalistes. En effet, quand on grandit, parfois les rouages se disloquent, et rien n’est plus comme avant. Les non-dits et les sourires de façade sont ainsi davantage de mise et chacun d’eux l’apprend à ses dépens. Dans un sens, le manga fait beaucoup penser à orange, non seulement pour le cadre de l’histoire (également dans les montagnes japonaises), mais aussi pour le savant mélange des sentiments adolescents mêlés à un drame.

C’est maintenant

En soit, Golden Sheep est un bon manga. L’histoire est prenante, les sentiments parfaitement retranscrits, les dessins soignés… mais reste un défaut que l’on retrouve dans quantité de mangas dans la catégorie tranches de vie : les personnages. En effet, ici, nos protagonistes sont inégaux. Du moins, dans le premier tome. Tsugu est, en tant qu’héroïne, bien mise en avant : on découvre sa passion, la musique, et ses angoisses et peines. Sora est lui aussi plutôt bien développé, puisqu’on découvre ce qui l’a amené à sa tentative de suicide. Yūshin, quant à lui, campe le rôle du bad boy beau gosse au passé torturé, sans que davantage d’explications sur ses sentiments ne soient vraiment apportées. Enfin, parlons de Sally. Véritable cliché de la jeune fille jalouse de sa “meilleure amie d’enfance”, on ne sait d’elle que son amour pour Yūshin. Évidemment. Les histoires de ces quatre adolescents sont, malgré tout, abordées avec délicatesse. On constate dans Golden Sheep une jeunesse désabusée par la dureté de la vie et les différentes réactions possibles à celle-ci. Plaisant à lire, voilà un bon seinen digne d’intérêt.

Mon avis

Alors que le deuxième volume est sorti le 23 septembre dernier, je suis curieuse de connaître la suite, sans pour autant l’attendre avec impatience. Les personnages m’ont globalement émue, certes, mais l’inégalité de leur traitement demeure assez frustrante. Les sentiments à fleur de peau de l’âge adolescent sont, en revanche, très bien dépeints dans Golden Sheep. Si les adeptes de Kaori Ozaki sont, pour beaucoup, conquis par son nouveau bébé, ceux qui ne la connaissent pas et qui sont fans du genre tranches de vie, devraient l’être tout autant.

Anna LESBROS

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