ZOOM – La série des Naruto Ultimate Ninja Storm, l’adaptation ultime ?

Le jeu vidéo adapté en manga n’est pas quelque chose de nouveau, et dès les années 80, les éditeurs savaient que le nom d’une œuvre à succès était capable de faire vendre beaucoup de cartouches ! Aujourd’hui, la tendance est à la hausse et au regard des dernières sorties de jeux Dragon Ball, JoJo’s Bizarre Adventure ou encore My Hero Academia, ce n’est pas près de s’arrêter.

Cependant, autant les fans, particulièrement visés, seront toujours heureux de retrouver leurs héros préférés sur leurs consoles, autant la qualité de ces jeux peut être qualifiée de… vacillante. Et ce, pour une raison simple ; un jeu adapté de manga aura naturellement moins à faire pour convaincre. Le public n’aura pas les mêmes attentes, d’où le fait que les développeurs ne se concentreront pas toujours sur la qualité profonde de la boucle de gameplay.

Prenons un exemple récent : Dragon Ball Z Kakarot. Action-RPG édité par Bandai Namco Entertainment et développé par CyberConnect2, il est sorti le 17 janvier 2020 dernier sur PC, Xbox One et PlayStation 4. À sa sortie, le ressenti global de la presse laissait supposer un sentiment de légère déception. Faute à cela, des combats répétitifs, des graphismes chancelants ou encore des quêtes annexes pas vraiment passionnantes (sauf le passage du permis de Goku, ok ça, c’était cool).

Pourtant, en mars dernier, Bandai Namco annonce que le jeu a passé les 2 millions de vente, et peut ainsi être qualifié de succès. Pour être honnête, de mon côté aussi, j’ai terminé le jeu, et les quêtes annexes avec plaisir. Je suis cependant conscient que mon ressenti était légèrement biaisé parce que le jeu avait réussi son objectif principal : immerger le joueur dans le monde de Dragon Ball et lui faire revivre ses aventures comme jamais auparavant.

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Cela signifierait-il qu’un jeu portant le nom d’un manga n’a pas besoin d’être un « bon » jeu pour taper dans le mille ?

C’est bien évidemment faux ; et les 5 millions de copies écoulées de Dragon Ball FighterZ ne mentiront pas ; quand bien même le jeu ne dispose pas d’un mode solo intéressant et ne nous fait jamais revivre les aventures de Goku et la Team Z. Ce qu’il fait néanmoins, il le fait parfaitement. Un jeu de combat bien équilibré, au design plus qu’agréable, jouant sur la fidélité de l’œuvre dont il s’inspire en tirant le panel de mouvements de ses personnages des cases du manga culte, et disposant d’une scène e-sport très solide. Je ne pense pas, toutefois, qu’on puisse parler d’adaptation, car il ne s’agit pas là réellement d’une transposition de l’œuvre d’Akira Toriyama, mais d’un jeu de combat inspiré de la licence. On prend en main les personnages, mais il n’est pas question de revivre la trame narrative Dragon Ball !

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Mais retournons-nous vers CyberConnect2 qui a porté le 24 avril dernier, son Naruto Shippuden Ultimate Ninja Storm 4 Road to Boruto (la personne chargée des titres devait être payée au mot) sur Nintendo Switch. Clap de fin d’une série culte de jeux de combat/aventure/action qui se sera étalée sur une quinzaine d’années, à l’instar de l’œuvre culte de Masashi Kishimoto qu’elle adapte.

Est donc arrivé le moment de faire le bilan de cette grande adaptation de manga en jeu vidéo.

De la PS2 à la PS4

La série des Naruto Ultimate Ninja (ou Narutimate Hero) voit son premier épisode sortir au pays du Soleil-Levant en 2003, puis en 2006 dans le reste du monde. Elle va évoluer à travers trois générations de consoles.

La première série sur PS2 compte cinq épisodes, la seconde sur PSP quatre, et la saga des Storm ne comptera pas moins de 6 opus de la PS3 à la PS4. Namco Bandai annoncera en 2019 avoir écoulé plus de 20 millions de copies pour la licence, ce qui n’est pas peu au regard du public visé : les fans ! Car c’est bien dans cet esprit qu’a été développée cette série ; faire plaisir aux fans avant tout, et pour cela CyberConnect2, jusqu’à son CEO Hiroshi Matsuyama, se sont donnés corps et âme.

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Le Cel Shading presque parfait

Commençons par la direction artistique. Quand il s’agit de manga, d’art graphique, il convient de mettre un point d’honneur à ce que l’adaptation rende a minima honneur à l’œuvre d’origine.

De ce côté-là, Naruto Ultimate Ninja Storm premier du nom, laissera les fans bouche bée. Déjà initié par la série des Ultimate Ninja sur PS2, le jeu nous présente un rendu en cel shading tout simplement sublime. On peut même lire çà-et-là dans la presse que le jeu est, à certains moments, plus beau que l’anime ; et à raison.

Du côté des points négatifs, on notera un aliasing toujours présent, mais qui ne parviendra jamais réellement à gâcher le plaisir visuel, le rendu des différents jutsus et les attaques ultimes qui ont de quoi vous clouer sur place.

Toutefois, il ne s’agit pas seulement de graphismes époustouflants, les expressions faciales des personnages et leurs “tics” sont parfaitement retranscrits. On jurerait revivre certains moments de l’anime, les scènes cultes sont parfaitement retranscrites, voire magnifiées. Et pour ne rien gâcher, lorsque des libertés sont prises, la mise en scène se voudra époustouflante. Cela sera la grande force de la série : ses choix d’adaptation.

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Vers la fidélité et au-delà !

Revenons quelques années en arrière. Novembre 2007, Ubisoft ouvre le bal en sortant le premier Naruto style « monde semi-ouvert » d’envergure avec le très bon Naruto Rise of Ninja. Lequel offrira un mélange de RPG, aventure, combat sur Xbox360.

Les retours sont très bons, le style charme les joueurs, les combats sont un peu rigides, mais le gameplay fait son office, et l’ambiance ainsi que les musiques de l’anime sont présentes. L’ambition est donc forte et un deuxième épisode est en route pour l’année suivante. Seulement, ce second épisode, The Broken Bond, ne sortira pas seul, car il trouvera sur sa route le premier Ninja Storm. La guerre est déclarée, et là où l’aspect aventure / monde semi-ouvert penchera plus du côté d’Ubisoft, le battle arena, la mise en scène des combats de boss et les graphismes donneront ses points à Storm qui gagnera finalement ce duel, car Ubisoft ne surenchérira pas, laissant CyberConnect2 seul sur le terrain de l’adaptation à gros budget de Naruto.

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Mais ne nous y trompons pas, le premier épisode a ses défauts ; un côté semi-openworld, mais avec le sentiment plutôt présent d’être enfermé dans le village, et un roster pas très impressionnant (notamment via l’absence des 4 ninjas du son). C’est avec sa suite que la série trouve son réel souffle, celui de la magnificence des moments cultes de l’œuvre de Kishimoto.

Naruto Ultimate Ninja Storm 2 reprend les combats clés de la période qu’il couvre, c’est-à-dire du retour de Naruto à Konoha jusqu’à la clôture de l’Arc Pain, et repart de l’idée des combats de boss titanesques du premier épisode pour essayer de nous faire ressentir la même chose, même sans adversaire géant à affronter. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit là d’une réussite, variant le gameplay avec brio (Battle Arena classique ou encore Shooter) le but est d’en mettre plein les yeux. Dès le combat d’introduction Naruto Sakura VS Kakashi ou encore Gaara VS Deidara, on reste scotché et l’on revit ces grands moments avec plus d’intensité que jamais. Ajoutons à cela, un monde semi-ouvert avec des décors en 2,5D, des quêtes annexes, un tas de clins d’œil, et une accessibilité qui ne laissera, bien sûr, pas tout le monde d’accord.

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Le débat de l’accessibilité

Parce que oui, la série des Storm étant un jeu de combat / aventure, l’accent jeu de combat a forcément bénéficié de beaucoup de soin. Mais la décision prise fut celle de la facilité de maîtrise et du ressenti, l’équilibre étant de fait laissé de côté.

C’est pour cela que, malgré le nombre de joueurs présents à l’achat, il a été difficile de monter une scène e-sport pour un jeu de combat où toutes les techniques se déclenchent avec les 2/3 mêmes boutons sans autres joyeusetés de type quart de cercle et avec des personnages clairement abusés, capable de dégoûter le néophyte de jouer en ligne avec son personnage favori.

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Attention, je ne dis pas ici que le gameplay n’est pas technique. La gestion des alliés, des permutations et du chakra sont de très bonnes mécaniques et leur maîtrise à 100% se mérite ; mais selon le personnage que l’on choisit, cela peut s’avérer grandement frustrant. Néanmoins, au regard des différentes interviews réalisées en compagnie des développeurs, cela a toujours été voulu. Ils souhaitaient que le joueur ressente parfaitement la puissance du personnage qu’ils avaient en main. Ainsi, lorsque l’on joue Madara, il est normal, de leur point de vue, que l’on dispose d’un mouvement avantageux sur celui de Chôji, par exemple. Preuve, s’il en fallait encore, que l’accent principal a été mis sur le ressenti et non sur l’équilibre du roster, tout jeu de combat qu’il est.

La clé d’une bonne adaptation ?

Le ressenti… Est-ce cela finalement le point principal sur lequel se concentrer lorsque l’on adapte une œuvre en jeu vidéo ? L’idée d’immerger le joueur dans le monde qu’il a tellement apprécié et lui donner les moyens de faire plus. D’en faire une aventure plus épique encore afin de décupler ce sentiment d’excitation s’impose de fait. Si le joueur veut revoir l’anime, il regardera l’anime, mais quitte à prendre la manette, autant qu’il puisse en faire et en voir plus.

Profiter de la transposition vers un autre média pour tirer le maximum des outils à leur disposition. L’équipe de CyberConnect2 ne s’y trompera d’ailleurs pas, lorsqu’elle devra clore son troisième épisode, en avance sur l’anime, en improvisant une fin alternative aux allures dantesques sans fausse note. L’idée de cet article n’est pas de dire que la série des Storm est supérieure à celle des Budokai, des Tenkaichi, des Pirates Warriors ou encore Attack of Titans en terme de jeu pur.
Le constat est juste que les équipes de CyberConnect2 ont mis un soin indéniable au travers de la réalisation de chaque jeu afin de récompenser les fans, rendre les combats le plus épique possible, les cinématiques les plus belles ou encore parsemer le jeu de clins d’œil et références, jusque dans la mise en scène de certaines techniques secrètes.

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La série Naruto Ultimate Ninja Storm est un véritable cadeau fait aux fans tout en accueillant les nouveaux venus avec un gameplay ultra accessible et une aventure épique dans laquelle il est encore grisant de se replonger.

CyberConnect2 a fait le choix du rassemblement et de l’hommage, je fais moi-même le choix de les remercier au travers de ces lignes.

anthonybzdi

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