REVIEW – Le prix du reste de ma vie

QUAND LA VIE A UN PRIX
4.8

En deux mots :

Manga empreint d’amertume, Le prix du reste de ma vie est une œuvre philosophique qui fait s’interroger le protagoniste et le lecteur sur leur existence même. Avec des dessins et des dialogues de grande qualité, voilà un premier tome riche en questionnements.

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Le prix du reste de ma vie (ou Jumyou wo Kaitotte Moratta. Ichinen ni Tsuki, Ichimanen de. en japonais) est l’adaptation manga du light novel Pour trois jours de bonheur, j’ai vendu le reste de ma vie, de Sugaru Miaki (Parasites AmoureuxDerrière le ciel gris) sorti en 2013 au Japon, et en 2019 chez Akata en France. La version manga, classée en tant que shōnen, est éditée chez Delcourt / Tonkam depuis février 2020 dans la collection Moonlight, qui met en avant les œuvres du même auteur. Au dessin, Shouichi Taguchi, signe ici son premier manga. La série comprend 3 tomes dont seul le premier est sorti en France, pour l’instant.

Le pitch

Kusunoki était un enfant plein de rêves et d’ambition. Devenu un jeune adulte désargenté, il entend alors parler d’une boutique dans laquelle il était possible de revendre son espérance de vie, son temps ou sa santé. Après estimation, il découvre qu’il lui reste trente ans et trois mois d’une vie insipide, évaluée à… 300 000 yens. Kusunoki décide alors de vendre son espérance de vie, à l’exception des trois derniers mois qu’il passera sous la supervision de Miyagi, une jeune femme chargée de veiller à ce qu’il ne commette rien de répréhensible durant ce laps de temps…

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Toute vie est inestimable

Il s’agit du premier manga pour le dessinateur Shouichi Taguchi, qui propose ici un travail soigné et délicat. Son coup de crayon, parfaitement adapté à l’atmosphère du manga, fait davantage penser aux genres josei ou seinen. À la fin du premier tome, l’auteur, Sugaru Miaki, le dit lui-même : Shouichi Taguchi a respecté fidèlement son œuvre originale, aussi bien concernant les décors que les dialogues. Et parlons-en de ces dialogues. En effet, au vu de la thématique et du ton du Prix du reste de ma vie, on ne pouvait que s’attendre à lire un manga sérieux et lourd de sens. Si c’est bien le cas à travers les échanges des deux personnages principaux, Miyagi et Kusunoki, on constate pourtant une certaine légèreté, dans le comportement de ce dernier. Alors qu’il vient de vendre sa vie et qu’il ne lui reste que 3 mois à vivre, le jeune homme reste perdu et ne sait pas quoi faire de son précieux temps. Dans un sens, il fait penser à Ozora dans Goodnight, I Love You…, qui est tout aussi perdu et amer que Kusunoki, et qui décide de bouleverser son quotidien morne et sans intérêt.

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Kusunoki n’est pas un protagoniste très attachant, au contraire. Mais c’est cela qui le rend, paradoxalement, réaliste. On se retrouve forcément dans ses questionnements existentiels, et dans la question fatidique : combien vaut ma vie ? Le jeune homme a sa vision propre de la valeur de la vie, qu’il évoque avec amertume et pessimisme. Miyagi, quant à elle, joue le rôle d’ange gardien et de “conscience” qui surveille les faits et gestes de Kusunoki. Celle-ci lui explique avec franchise le comment du pourquoi sa vie est devenue ce qu’elle est, remplie d’erreurs et d’une extrême solitude, ce qui pousse le lecteur à se questionner également sur lui-même et sur ses aspirations.

Des remords plutôt que des regrets

Le prix du reste de ma vie, c’est aussi ça : un manga philosophique sur fond de fatalisme et d’espoir. Au-delà de son scénario de très bonne facture, le shōnen délivre de nombreux messages à travers le triste destin de Kusunoki. Ici, l’éternel dicton : “Il vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets” prend tout son sens. Au fil des pages et des interventions de Miyagi, Kusunoki se rend bien compte du gâchis qu’est sa vie et des désirs qu’il a toujours enfouis par manque de courage ou de “temps”. Depuis que celui-ci lui est compté, il se rend compte, petit à petit, combien les relations humaines sont fragiles et fugaces, si elles ne sont pas entretenues correctement. Et qu’une fois qu’il est trop tard, il n’y a plus rien à faire. Cependant, le manga met aussi l’accent sur les petits espoirs quotidiens que Kusunoki évoque souvent. L’être humain est ainsi, et il a besoin de croire en quelque chose, même brièvement.

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L’œuvre, aussi bien le light novel que le manga, se lit avec un recul nécessaire. Si elle pousse le lecteur à la réflexion, elle peut également s’avérer déprimante. Par ailleurs, si les interrogations de Kusunoki sont crédibles et tout à fait réalistes, on ressent aussi une forme de critique sociale de la part de l’auteur, sur le devenir de la société et de la jeunesse, individualistes et désabusés. Le protagoniste n’a que 20 ans et n’a jamais paru aussi “vivant” que depuis qu’il sait qu’il va mourir prochainement, et ce, dans l’indifférence totale.

Mon avis

Le prix du reste de ma vie est un shōnen très bien écrit, au scénario bien construit et surtout très prenant. Réfléchi et mature, le manga pose les bonnes questions, non seulement au personnage principal, mais aussi à l’ensemble des lecteurs. J’ai beaucoup aimé ce premier volume, et il me tarde de découvrir le suivant, dont la sortie est prévue le 26 août prochain.

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Anna LESBROS

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