REVIEW – Peleliu, Guernica of Paradise

PELELIU : LA GUERRE ILLUSTRÉE
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En deux mots :

Peleliu, Guernica of Paradise est un seinen qui marque de par son sujet, celui d’une véritable boucherie sur une île paradisiaque et de par son trait doux, chaleureux et tendre des personnages. L’attachement aux protagonistes est décuplé et la force du manga en est d’autant plus importante. Un bijou de tristesse et de réalisme, je ne peux que vous le conseiller.

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Peleliu, Guernica of Paradise est un seinen introduit en France par les jeunes éditions Vega (qui voient le jour en 2018 et pour qui l’ambition est de ne publier que des seinen). Inspiré de faits historiques, le manga relate l’histoire de la bataille de Peleliu, bataille importante de la Seconde Guerre mondiale, qui oppose les Japonais et les Américains. Composé d’une dizaine de tomes dont le 9ème devrait sortir prochainement, la série est scénarisée et dessinée par Kazuyoshi Takeda ; également auteur de Mon Cancer Couillon, manga autobiographique sur le combat contre le cancer des testicules du mangaka.

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Le pitch

Peleliu relate donc la bataille de l’île éponyme dans l’archipel des Palaos, qui a eu lieu de septembre à novembre 1944 à travers les yeux de Tamaru, jeune aspirant mangaka qui ne rêve que d’une chose : rentrer chez lui et montrer à sa mère tout ce qu’il parvient à dessiner sur cette île magnifique et terrifiante à la fois. Japonais parachuté sur le champ de bataille (parachuté, car il n’a rien de la représentation que l’on se fait du soldat), Tamaru est rapidement nommé attaché au mérite, c’est à dire chargé d’apprendre le décès de ses camarades morts au combat aux familles restées sur le continent. Par ce poste, il se rend vite compte que peu importe la façon dont les soldats périssent, il est indispensable d’honorer leur mémoire et de valoriser cette vie perdue aux yeux de leurs proches. La bataille, la peur, la mort et l’honneur sont donc le topoï du genre que l’on retrouve dans le manga.

Le seinen historique

Vous l’aurez compris, Peleliu, Guernica of Paradise est un manga historique. Inspirée de la réelle bataille de l’île de Peleliu, l’œuvre relate l’avancée des Américains sur cette base aérienne stratégique des Japonais et leur débarquement pour se l’approprier. Pour l’anecdote, la bataille qui n’était censée durer qu’une semaine dura en réalité 73 jours. Chaque tome de Peleliu est ponctué d’une photographie ou d’une information qui illustre la véracité du récit.

L’intérêt du manga réside dans de nombreuses choses, dont sa véridicité historique : il nous permet d’en apprendre davantage sur cette bataille que nous connaissons mal en Europe (du moins pour ceux qui, comme moi, ne sont pas des férus de cette période) et surtout d’un point de vue autre qu’américain, ce qui fait beaucoup de bien. En effet, de nombreuses productions artistiques sur le sujet nous viennent tout droit de l’outre Atlantique (je pense à la série The Pacific de Tom Hanks et Steven Spielberg ou à Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood) et un point de vue différent est toujours bon à prendre.

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Différent… sans pour autant faire de parti-pris. Ce que je trouve très réussi dans le manga, est que finalement, le lecteur ne prend le côté d’aucun camp si ce n’est celui de la vie, mais vous vous en doutez, ce ne sera pas le camp gagnant.

Le traitement oxymorique

Peleliu, Guernica of Paradise est un manga dur, triste et profondément réaliste ; certaines scènes sont d’une extrême violence. On peut ressentir le désarroi et la peur de chaque soldat, qu’il soit Japonais ou Américain. Et pourtant, les scènes les plus dures sont illustrées d’un trait fin, rebondi et tendre. C’est finalement ce grand écart de style entre la violence des tableaux représentés et la douceur du dessin que je retiendrai le plus de ce manga.

Lors d’une interview dans le magazine Atom, Kazuyoshi Takeda déclarait :

“Opter pour un dessin doux, c’est donner de l’oxygène au lecteur, lui faciliter la lecture en quelque sorte.”

Certes, cela permet une respiration entre les scènes de boucherie, mais la volonté du mangaka de choisir un traitement des personnages presque en style chibi (terme japonais qui fait référence au physique d’un enfant, de petite taille et avec traits mignons) réside dans la mission pédagogique qu’il a voulu donner à son manga. Seinen, il s’adresse pourtant à un public assez large qui doit être en mesure de comprendre et de ne pas refermer l’ouvrage à cause du spectacle carnassier qui se dessine sous ses yeux.

Côté création des personnages, le mangaka livre ses secrets sur la création de Tamaru dans la postface du premier tome. Il y explique ses choix de tenues (abandonner le réalisme des uniformes des soldats japonais expédiés dans le sud au profit d’une tenue qui correspond davantage à la représentation que l’on se fait d’un soldat), ses choix de design du personnage, notamment celui des lunettes qui ne correspondent pas aux modèles des années 1940, mais qu’il a dû revoir pour permettre aux lecteurs d’identifier plus rapidement le personnage).

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Lorsque l’on lit Peleliu, qu’on soit Européen, Japonais ou Américain, on ne peut que prendre les protagonistes principaux en empathie et s’attendrir devant Tamaru. D’autant plus que celui-ci passe son temps libre à dessiner tout ce qui lui passe sous les yeux, et à préparer des lettres pour sa mère, ce qui l’humanise et le rend davantage touchant.

L’absurdité de la guerre

Si les personnages sont si mignons, cela rend la guerre encore plus absurde. Cela me frappe à chaque fois que je vois une scène de guerre dans un film : les soldats des deux camps opposés ont peur, ils pleurent leurs amis, ils réclament leurs parents, et tout ce pour quoi ils se battent perd tout son sens. Dans Peleliu, la guerre est rendue absurde par le traitement des personnages et les réflexions intérieures de Tamaru ; il voudrait être chez lui, reprendre sa vie normale, et ne comprend pas pourquoi il faut se battre. Heureusement, tous les personnages ne sont pas comme lui, on en découvre de nombreux habités par le courage et la volonté de servir le Japon. La notion capitale d’honneur est bien retranscrite et les soldats japonais insistent dessus : il faut faire honneur à l’Empereur. Cela ne se joue pas à qui sortira rescapé du champ de bataille, mais à qui anéantira le plus de soldats américains avant de périr. Cette résignation, selon moi, rend tout cela encore plus absurde et triste à regarder.

Mon avis

Si vous n’avez pas encore lu Peleliu, Guernica of Paradise, je vous le conseille fortement ! Témoignage véridique d’une bataille trop souvent méconnue du grand public, le manga s’impose comme une évidence de la branche historique des mangas. Chronique de guerre, l’œuvre réussit à “exprimer la terreur et la tristesse sans fond de la guerre avec un trait doux et chaleureux”. C’est une réussite.

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Emilie BOISBOUVIER

Jeune padawan de l'univers geek | In fond of the Punisher & Death Note | Make gif not war.

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