REVIEW – Gigant

UN SEINEN À LA HAUTEUR ?
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En deux mots :

Si les bases sont fortement prometteuses et le dessin toujours aussi agréable, on regrettera néanmoins des protagonistes originaux mais encore un peu trop fades, voire agaçants. Toutefois, certaines thématiques abordées, dont celle liée à l’antagoniste principal du manga, conservent l’intérêt.

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Gigant est un manga de type seinen imaginé, dessiné et écrit par Hiroya Oku. Le manga est publié à partir de 2018 au Japon aux éditions Shogakukan. En France, c’est Ki-oon Seinen qui se charge de l’édition. Pour l’instant, 4 tomes sont publiés au Japon et 2 en France. Le tome 3 doit arriver en France le 6 février 2020. Le mangaka est connu pour avoir écrit Gantz et Last Hero Inuyashiki.

Avant même d’ouvrir le manga, j’ai une appréhension toute particulière. Ni positive, ni négative. Mais mon rapport avec ce manga sera forcément spécial. Pour cause, c’est avec Last Hero Inuyashiki que j’ai eu mon premier coup de cœur pour le type de manga que j’affectionne le plus : les seinen. Forcément, lorsque j’ai appris la publication d’un nouveau manga signé Hiroya Oku, il s’agissait d’une vraie bonne nouvelle !

Le pitch

Rei est un jeune lycéen passionné de cinéma. Comme tout adolescent, il est un gros consommateur de films pornographiques. Il a même une actrice préférée : Papico. Il possède toutes ses vidéos et connaît presque tout d’elle. Un jour, il voit dans la rue des affiches injurieuses dévoilant que l’actrice X habiterait dans son quartier. Fan de la première heure, il se précipite alors pour arracher toutes les affiches quand il croise soudain… Papico, Chiho Johansson de son vrai nom. Se crée alors une amitié aussi forte qu’improbable entre les deux protagonistes.

Tout semblait normal, jusqu’au jour où la jeune femme trouve dans une rue, en pleine nuit, un étrange homme à moitié mort. Alors que Chiho fait de son mieux pour l’aider, le vieil homme lui prend le bras et lui dit “maintenant tout dépend de toi” avant de se transformer en jouet. Depuis, Chiho se retrouve avec un compteur collé au bras. Celui-ci lui permet de prendre la taille qu’elle souhaite. Mais pourquoi ? À cause d’ETE.

Quand vient la fin de l’ETE

ETE (pour Enjoy The End – oui, la vanne était naze), c’est un nouveau forum qui cartonne sur les réseaux sociaux auprès des jeunes. Très récemment apparu dans le récit, il s’agit d’un service de votes où tout un chacun peut voter pour ce qu’il aimerait voir se réaliser IRL (In Real Life – dans la vraie vie). Séismes, pluies d’excréments, une star sort nue dans la rue à travers la foule… les votes les plus farfelus les uns que les autres des internautes se réalisent tous. Jusqu’au moment fatidique où tous se mettent à voter pour la même chose : “un dieu destructeur descend sur Tokyo, la population tombe à un million de personnes”.

Avec ce nouvel outil mis à disposition des jeunes un peu partout dans le monde, c’est vers un chaos organisé que fonce le monde des protagonistes de Gigant. À travers cela, Hiroya Oku pointe évidemment du doigt les abus des réseaux sociaux, les risques des challenges débiles et de l’importance trop grande que l’on peut donner à une tranche de la population pourtant parfois incapable d’avoir du recul sur ses actions et surtout sur leurs conséquences. Et si finalement, encore une fois, l’ennemi de l’humanité, n’était-il autre que l’humain lui-même ?

L’univers de Hiroya Oku

Sans surprise, on retrouve presque à l’identique l’univers si cher au mangaka. Les thématiques, le traitement des personnages, leurs problématiques, le traitement du dessin… tout est fait pour que le lecteur puisse se demander “s’agit-il d’un seul et même univers étendu entre Gigant et Last Hero Inuyashiki” ? Presque. Pour cause, non seulement le trait est exactement le même, très spécifique, ultra réaliste, tiré directement de sorte de photos traitées sur lesquelles ont été dessinées des personnes aux traits fins et aux émotions lisibles. Ajoutez à cela des sujets traités de façon très crue, des scènes de sexe décomplexées, des problématiques d’ordre mondiale, des événements paranormaux et ajoutez quelques attaques de monstres surhumains aux pouvoirs démesurés et vous avez la sauce type du mangaka.

Le petit plus, ce sont les très nombreux clins d’œil qui sont faits au l’univers du créateur. Pour cause, entre une casquette Gantz, un manga Last Hero Inuyashiki qui traîne ou encore une scène de l’anime au cinéma, tout est fait pour nous imposer en permanence, tel un martelage non-stop, le même message : nous sommes dans l’esprit de Hiroya Oku. Pas de doute. Enfin, point essentiel de toute œuvre signée Oku : il faut un héros qui ne soit pas conforme.

Une héroïne hors du commun

Après avoir choisi un vieil homme, mis de côté par sa propre famille et peu respecté, et en l’opposant à un jeune adolescent torturé plutôt cool, aux airs séducteurs, le mangaka avait fait le pari fou de nous vendre comme super-héros, un anti-héros. C’est là même la patte du créateur : il aime montrer le super-héros qui peut sommeiller en chacun d’entre nous. En choisissant non seulement une femme, a priori impuissante (dans sa vie amoureuse – puisque son petit ami la bat), et en plus une actrice de films porno, Hiroya Oku fait une fois de plus le choix d’une protagoniste aux antipodes des stéréotypes clichés dont Marvel nous abreuve à longueur de journée, et ce, dans le plus grand calme, et sans le moindre compromis.

Non seulement la thématique du héros est quelque chose de fort dans l’œuvre de l’auteur, mais c’est surtout la montée du sentiment de responsabilité, la volonté d’aider, le sentiment de pouvoir, d’être capable de faire quelque chose, qui rend ses personnages aussi attachants. Car à la base, aucun d’entre eux n’est un héros. De mon point de vue, bien qu’il s’agisse de manga de type seinen, ils mettent en avant – à l’instar d’un shônen – la montée en puissance du protagoniste, le parcours réaliste mais initiatique jusqu’à l’inévitable dénouement. Contrairement à sa première œuvre, Gantz, relativement violente et cynique, je trouve que Hiroya Oku nous montre une forte forme de positivisme et d’optimisme depuis Last Hero Inuyashiki avec des personnages qui tendent naturellement vers le côté clair de la force, et vers la morale.

Toutefois, si Chiho est un personnage atypique, je ne la trouve pour l’instant pas assez détaillée, pas assez traitée. Elle semble passive, en tous points. Il est donc souvent difficile de s’attacher réellement à elle. Et ce sentiment est encore plus puissant avec Rey, cliché de l’adolescent en chaleur qui n’en fait qu’à sa tête qui n’hésite pas à bouder pour obtenir ce qu’il souhaite. Pour ma part, si son dessin est propre, je trouve jusqu’ici que Rey n’a pas un grand intérêt, c’est dommage car il est très présent, mais passe pourtant totalement au second plan.

Mon avis

Hiroya Oku est sans nul doute le maître du seinen SF contemporain. Lui seul réussit aussi naturellement à choisir des héros non-conventionnels. Si j’accroche beaucoup avec l’histoire et les sujets traités, j’ai encore un peu de mal avec la relation entre les protagonistes qui frise parfois le ridicule et qui manque de réels sentiments. Bien que je ne place pas encore Gigant au même niveau que Last Hero Inuyashiki, j’avoue tout de même que jusque-là, le suspens est à son comble et que j’ai très envie d’en découvrir plus !

Hadrien JACOBEE

http://hadrienjacobee.com

Sith du web et fier Rédacteur en Chef de My Geek Actu. Passionné par les univers video-ludiques, les comics DC et les mangas. En gros.

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