REVIEW – Gereksiz, la Dimension Invisible

MINORU FURUYA A ENCORE FRAPPÉ !
4.8

En deux mots :

Merveille de l’absurde en 2 tomes, Gereksiz se délecte sans limite !

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Avec Gereksiz, la Dimension Invisible, les éditions Akata ont lancé en grande pompe, il y a déjà plusieurs mois, leur nouvelle collection “What The Fuck?!”. Le titre, signé Minoru Furuya, connu pour son Ping-Pong Club ou encore le plus récent et génialissime Saltiness, sorti en 2019 en France, est le dixième manga de l’auteur. Il s’agit d’une série en 2 volumes.

Le pitch

Tatsumi Ônishi est pâtissier, mais pas par passion. Un jour, son père a fait un gros emprunt et a acheté une boutique. Lorsque celui-ci est mort, c’est Ônishi qui a récupéré la boutique. Cela fait 23 ans qu’il fait, chaque jour, les mêmes produits. Et sa spécialité, ce sont les gâteaux à la broche (ou Baumkuchen, pâtisserie originaire d’Allemagne préparée à la broche). Il vient tout juste d’avoir quarante ans, et pour la première fois de sa vie, il est amoureux. Perturbé par des sentiments qu’il ne comprend pas encore, il demande conseil à sa jeune apprentie, Yûko Kurauchi, 23 ans. Mais ce dont Ônishi ne se doute pas encore, c’est que, d’ici peu, son destin va basculer : transformé en créature difforme et disgracieuse, pourra-t-il retrouver son apparence humaine ?

Un seinen poignant

La première chose qui frappe ou qui réconforte, c’est le trait du dessin. Pure œuvre signée Minory Furuya, il est difficile de ne pas reconnaître aux premières pages la patte si particulière du mangaka. Ce dessin, je l’ai découvert avec Saltiness et plus récemment avec Himizu. Avec Furuya, le style seinen prend un sens tout particulier. En effet, c’est grâce à son dessin très fin mais offrant des portraits pourtant grossiers, aux expressions toujours exacerbées, que l’auteur fait passer des messages pinçants et acides, sortes de photos de son époque et de la société nippone qu’il semble prendre plaisir à décortiquer, sans pour autant trop la juger.

La société nippone, c’est pas du gâteau…

Lorsque Tatsumi, pour la première fois de sa vie, va parler à une femme, celle-ci se transforme immédiatement et se voit porter une tête d’œuf, un “crâne d’œuf”. Lorsque celle-ci touche Tatsumi, il se transforme à son tour et a une tête de pêche, une “tête de cul”. Pourtant, tout le monde autour d’eux ne peut plus les voir. Ils vont alors essayer de comprendre ensemble ce qui leur arrive, jusqu’à ce que leur tête se décroche tout à coup. Alors que chacun est pris de panique, il se trouve en réalité que leur tête a la capacité de repousser.

Dans leur périple, il vont rencontrer “Sain d’esprit”, un autre monstre qui ne comprend pas non plus ce qui lui arrive. Ils vont alors fuir dans la forêt, apeurés, jusqu’à leur rencontre avec “Jumpei”, une personne comme eux, qui leur explique que s’ils sont vus par des humains, ils meurent en explosant. Ils vont alors chercher un moyen de survivre, tout en restant cachés des humains. Toutefois, leur vigilance ayant ses limites, ils finissent par se faire voir.

À travers cette épopée totalement absurde et aux rebondissements absolument inattendus, Minoru Furuya nous offre une vision amère de la solitude dont peuvent faire preuve de trop nombreuses personnes dans un Japon moderne qui exclut et offre la possibilité à tout un chacun de rester dans son coin et de rester invisible au monde qui l’entoure. Pourtant, dessinés et perçus comme des monstres, ce petit groupe de 2, 3 puis 4 amis de fortune, symbolise un phénomène bien plus grave qu’il ne pourrait y paraître : l’isolement. Au Japon, on appelle cela Hikikomori.

Gereksiz ou l’Hikikomori moderne

Il s’agit d’un état psycho-social et familial qui concerne principalement des hommes souvent jeunes qui vivent coupés du monde, le plus souvent enfermés chez eux pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Ils ne sortent que pour répondre aux besoins corporels les plus impératifs comme acheter à manger, à boire, etc. Un hikikomori se sent accablé par la société et a le sentiment de ne pas pouvoir accomplir ses objectifs de vie à cause de la société. Il va alors choisir l’isolation comme réaction.

Apparu dans les années 90, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur puisqu’on considère qu’il existe aujourd’hui plus d’un million de hikikomori au Japon, dont 540 000 depuis au moins six mois pour la tranche des 15-39 ans. Et ce phénomène ne touche pas que les hommes (comme le montre bien le manga, intégrant dès le début un personnage féminin) puisqu’ils représentent 70%. Il est d’ailleurs intéressant de voir que ce taux est représenté par Minoru Furuya dans le groupe des 4 personnes qu’il construit.

Pour l’auteur de Geresiz, l’isolation et le manque de vie sociale n’est pas sans remède puisque Tatsumi trouve finalement un sens à sa vie. Et c’est précisément ce qui importe ici le plus : que l’on préfère la solitude ou non, s’exclure de la société signifie passer à côté de sa vie.

Mon avis

Comme à son habitude, Minoru Furuya a choisi un thème, un vice de la société dans laquelle il évolue, et le traite à sa sauce, avec son trait si particulier, son champ lexical et surtout son absurdité fraîche. Gereksiz, proposé en deux tomes, raconte tout ce qu’il a à dire, sans aller trop vite, mais avec un message puissant. Il s’agit, selon moi, d’un petit bijou, d’un bonbon dont on se délecte et qui fait réfléchir, c’est cadeau.

Hadrien JACOBEE

http://hadrienjacobee.com

Sith du web et fier Rédacteur en Chef de My Geek Actu. Passionné par les univers video-ludiques, les comics DC et les mangas. En gros.

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