REVIEW – Blue Phobia

UNE MANGAKA À SUIVRE...
3.8

En deux mots :

Quand oppression, tension, malaise et tristesse se mélangent à un univers de recherche scientifique carcéral se rencontrent. Blue Phobia est un bon seinen de deux tomes, rassemblés grâce à Glénat en un seul et même manga. Un moment dur mais réussi.

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Blue Phobia est un manga de type seinen imaginé par la mangaka Eri Tsuruyoshi et paru en France chez Glénat Manga le 16 octobre 2019 sous la forme du manga perfect d’une seule oeuvre de 400 pages. Le manga, initialement publié chez Shueisha en 2017 au Japon, était composé de deux tomes.

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L’histoire

Commençons par les présentations, en reprenant le pitch tel que présenté par l’éditeur :

“Un jeune homme se réveille dans un laboratoire, sans aucun souvenir de son passé. Secouru par une jeune fille dont le corps est étrangement teinté de bleu, il va tenter de fuir l’île isolée dans laquelle ils sont enfermés et pour cela, être confronté aux mystères qui entourent la curieuse “maladie indigo” transformant le corps humain en saphir de mer…”

Dès ses premières pages, Blue Phobia s’impose au lecteur comme une œuvre forte, inspirée d’une tragédie grecque et dont le compte à rebours se déclenche aussitôt les yeux posés sur la première vignette. En effet, en débutant son histoire avec un protagoniste angoissé et amnésique, Eri Tsuruyoshi nous offre en la personne de Kai, et ce dès les premières pages, tout un univers et un puzzle à résoudre. En effet, immédiatement, une course contre la montre sous forme d’enquête haletante se lance. Le format proposé par Glénat du manga unique me semble tout à fait approprié car il s’agit de ces mangas qui ne cherchent pas à raconter une épopée sur 41 épisodes mais bien d’un one shot, d’un épisode, d’une fulgurante, d’une histoire seulement. Et pour cela, le manga qui s’était limité à deux tomes au Japon, nous est présenté ici sous un seul tome permettant de ne pas perdre le fil de l’intrigue et ainsi de rester totalement plongé dans l’action en n’en perdant aucune goutte.

Un trait très seinen

Pour sa première œuvre, le moins que l’on puisse dire, c’est que Eri Tsuruyoshi a frappé fort. Grâce à son dessin assumé et précis, elle fournit à son lecteur un travail d’une grande qualité, au rendu très propre, empli de toute la violence et de la tension que vivent les deux personnages principaux, à l’instar de son lectorat. Avec ses encrages très sombres et ses traits détaillés, la mangaka permet à son œuvre de se suffire en quelques pages, grâce à sa mise en place rapide, fruit d’un travail de l’ambiance sublimé par le dessin. Alors que le lecteur est plongé sans attendre dans le cœur de l’action, il est impossible de ne pas ressentir tout le contexte, les antécédents, et les psychologies des personnages.

De plus, le seinen étant un style résolument adulte, tourné vers des problématiques sombres, il n’est pas toujours aisé pour un mangaka de se lancer sur de tels sujets dès sa première œuvre. Or, en abordant, dans un cadre scientifique, les thématiques du rejet, de la maladie, de la découverte, de la mort ou encore de la torture, la dessinatrice et scénariste réussit à plonger le lecteur dans l’horreur du quotidien des patients de l’île, nous permettant de prendre rapidement parti et de nous donner envie de combattre aux côtés de Kai, a minima en tournant les pages, symbole de soutien.

Malgré tout, si l’univers et les problématiques sont posées avec une efficacité folle, le manga souffre, faute peut-être au format, d’un manque de différence avec ses confrères seinen, classiques du genre. En effet, Blue Phobia semble par moments chercher à remplir les cases du parfait seinen dans lequel nous devons trouver : une situation oppressante, un méchant badass à qui il est arrivé mille malheurs, une tension grandissante, un dénouement tragique, un projet calculé du début jusqu’à la fin, etc. Autant de points qui, page après page, empêchent le manga de se rendre original.

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La différence, la maladie

Le principal thème abordé ici est évidemment celui de la maladie, celui du sang bleu. La maladie indigo, aussi jolie soit-elle, transforme les os en cristaux bleu et change la couleur de la peau. Oubliez Avatar, être bleu n’a ici rien de bien sympathique puisqu’avec le temps, les os deviennent trop lourds pour le corps qui subit de violents dégâts et finit par ne plus supporter la charge nouvelle, ce qui tue le malade. De mon point de vue, il s’agit ici d’une image d’une maladie grave telle que le cancer, maladie dont les gens ont peur et qui les poussent à prendre leurs distances, plongeant parfois la personne touchée dans une solitude profonde, laissée en pâture à la médecine et aux recherches scientifiques parfois ésotériques.

Preuve en est, ce dont souffre en premier lieu le plus Meer, personnage féminin du manga, touchée par la maladie, c’est avant tout la solitude, le sentiment désemparé de ne pouvoir rien faire et d’être prisonnière d’une maladie à laquelle elle ne peut rien, dont elle n’est pas coupable. L’arrivée de Kai comme médecin, comme psychologue à l’écoute mais surtout en tant qu’humain doté d’empathie est vraiment ce qui sauvera (mais je ne vous spoile rien) la jeune femme.

Mon avis

Malgré son format court, Blue Phobia assume n’avoir qu’une histoire à raconter, tout en réussissant à poser tout un univers, une ambiance et une tension en quelques pages. Le manga fait partie des œuvres qui m’ont marqué et auxquelles je pense parfois. Toutefois, sans grande originalité, et parfois attendu dans son déroulement, le manga qui frôle le titre de grande œuvre, n’en est pas parfait pour autant. Blue Phobia est une réussite qui plaira aux amateurs du genre, qui pourra les marquer, mais qui n’entrera cependant (je ne pense) pas dans les annales.

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Hadrien JACOBEE

http://hadrienjacobee.com

Sith du web et fier Rédacteur en Chef de My Geek Actu. Passionné par les univers video-ludiques, les comics DC et les mangas. En gros.

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