REVIEW – Nicky Larson: Private Eyes

Du fan service pour les nostalgiques du grand Nicky
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En deux mots :

Nicky Larson: Private Eyes avait tout pour plaire mais son scénario invraisemblable virant au grotesque laisse un goût amer…

J’ai toujours eu une affection particulière pour City Hunter. D’une part car il s’agit d’un des animes iconiques de la génération Club Dorothée dont je fais partie, et d’autre part, c’est le premier manga papier que j’ai acheté, à une époque où l’édition francophone de mangas n’en était qu’à ses balbutiements (et on devait se contenter des médiocres éditions de J’ai Lu…). J’avais donc hâte de découvrir ce film, dont les teasings successifs au cours des derniers mois n’avaient fait qu’attiser ma curiosité. Certes, les films de la franchise n’ont jamais été à la hauteur du manga, et sont dans l’ensemble décevants, à l’exception peut-être de Goodbye My Sweetheart, mais Nicky Larson: Private Eyes (ou City Hunter: Shinjuku Private Eyes, si vous préférez) a été confié au prestigieux studio d’animation Sunrise, et c’était un argument de poids aux yeux des fans. Alors que vaut cette nouvelle version de City Hunter, disponible sur ADN, 20 ans après le dernier film d’animation de la franchise ?

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Le pitch

Nicky Larson (ou Ryo Saeba pour les puristes), alias City Hunter, est engagé par une jeune étudiante en médecine et mannequin à ses heures perdues, qui se sent menacée depuis la mort récente de son père, dans des conditions mystérieuses. L’investigation menée par Nicky le conduira jusqu’au PDG de la multinationale spécialisée en robotique, Dominatech, qui n’est autre qu’un ami d’enfance de Laura. Entre rivalité et jalousie, un affrontement semble inéluctable entre les deux hommes.

Une modernisation bienvenue

L’adaptation d’une nouvelle version animée de City Hunter se heurtait à plusieurs écueils. Le manga datant des années 80, il est évident que celui-ci accuse le poids des années. On pouvait ainsi difficilement imaginer en 2019 contacter encore Ryo Saeba sur un tableau en craie en pleine gare de Shinjuku. Mais surtout, en cette période marquée par le mouvement #MeToo et la lutte contre les violences faites aux femmes, comment réinterpréter le personnage de Ryo Saeba, séducteur et pervers invétéré, n’hésitant pas à épier les femmes dans leur douche ou encore à explorer subrepticement et tactilement certaines parties de leur anatomie ? Finalement, en 2019, Nicky Larson ne serait-il pas tout simplement accusé d’harcèlement sexuel, même si la fameuse massue de Laura est là pour le rappeler à l’ordre ?

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Sur le premier aspect, les équipes du film ont fait le choix pertinent d’abandonner le fameux signal XYZ tracé à la craie pour introduire le même code mais avec l’utilisation d’un smartphone. Ca peut sembler un détail, mais ça a quand même l’avantage d’ancrer davantage l’histoire dans notre quotidien sans changer l’esprit de la série. Concernant les pulsions sexuelles irrépressibles de notre héros, le film reste plutôt sage et la massue morale de Laura est toujours là pour éviter tout dérapage.

De faux espoirs

Si Nicky Larson : Private Eyes était à l’image des premières minutes du film une course-poursuite endiablée entre Nicky Larson et des malfrats en plein cœur de Tokyo, accompagnée par une musique iconique de l’anime (Angel Night), le film aurait très certainement contenté la plupart des fans du manga et de l’anime. Mais cette introduction d’une minute trente ne semble en réalité qu’un simple teaser, une scène destinée à aiguiser l’appétit nostalgique des fans tant elle surpasse de loin tout ce que le film offrira par la suite. L’illusion provoquée par cette première scène se dissipe en effet rapidement pour laisser place à la déception.

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La japanimation est victime ces dernières années, à l’instar du cinéma hollywoodien, du syndrome remake. On reprend des classiques, des œuvres cultes, et on les modernise (sous prétexte de les faire découvrir aux nouvelles générations). On peut citer à titre d’exemple Captain Tsubasa, qui a eu le droit à un reboot, mais surtout la nouvelle version de Saint Seiya par Netflix, dont le long-métrage et la récente série d’animation ont provoqué la colère des fans (à raison…). Certes, il serait injuste de comparer Nicky Larson : Private Eyes au lifting immonde imposé aux Chevaliers du Zodiaque. Sur le papier, le film présentait tous les ingrédients pour nous replonger fidèlement dans l’œuvre de Tsukasa Hōjō : un pitch prometteur, la reprise des musiques de l’anime (sûrement l’un des points les plus positifs à souligner), de nombreuses scènes d’action, mais également la réalisation confiée au célèbre studio Sunrise et à Kenji Kodama, qui réalisa jadis de nombreux épisodes de la série… Seulement, on a rapidement l’impression d’être face à un film monté de toutes pièces par des équipes marketing qui ont repris les ingrédients phares de l’anime. Mais l’alchimie ne prend pas et le film manque de saveur.

Du fan service avant tout

Car Nicky Larson : Private Eyes est avant tout un produit marketing destiné aux fans. Aucun fan ne peut certes rester insensible face aux musiques iconiques de l’anime, mais on a parfois l’impression que les équipes du film se sont contentées de constituer une playlist City Hunter version nostalgie et de nous balancer les musiques pour faire vibrer notre petite corde sensible ou tout simplement rehausser l’intérêt quand l’ennui nous gagne. On regrettera d’ailleurs, à ce sujet, l’absence de la chanson Want your love, l’une des plus fameuses de l’anime (et y’en a d’autres qui sont passées à la trappe. Mais ne chipotons pas, ils ne pouvaient pas toutes les mettre…). L’apparition des Cat’s Eyes, personnages du manga précédent de Tsukasa Hōjō, dans la dernière partie du film, finira par compléter le tableau. Elles apparaissent comme un cheveu sur la soupe (tiens, on était comme par hasard au Japon) et n’apportent rien au déroulement de l’intrigue. La définition même du fan service. On retrouvera également tout l’attirail qui a fait le succès de Mammouth, à savoir sa force herculéenne et sa passion pour les lance-roquettes, mais le personnage vire au cartoon dans la dernière partie du film lors de sa lutte contre les robots ennemis.

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Le degré zéro du scénario

Mais le plus décevant, voire le plus choquant dans Nicky Larson : Private Eyes, reste la pauvreté du scénario. On était pourtant pas forcément très exigeant à ce sujet. Une petite intrigue digne d’un épisode, étalée sur 1h30 aurait sûrement fait l’affaire, mais on frise ici le ridicule tant l’histoire est bâclée et invraisemblable. On a donc un vilain méchant qui veut vendre des armes de pointe (drones et robots) et qui ne trouve rien de mieux que de les tester… au Japon, à Shinjuku. C’est d’une évidence ! Effectivement, n’importe quel vendeur d’armes irait forcément faire une démonstration de sa puissance dans l’un des pays les plus sûrs au monde… Heureusement que Nicky Larson vaut à lui seul une armée de 1 000 soldats pour donner un peu de piquant à cette expérimentation grotesque. Ajoutez à cela que le combat de fin s’éternise avec un Nicky Larson qui évite les tirs de roquettes façon Matrix, et vous avez le combat le plus mollasson et grotesque de la franchise. Bien entendu, notre cher Nicky est capable d’exploits, d’entendre le son d’une gâchette à des centaines de mètres ou encore de viser dans un trou de quelques millimètres, mais le film en fait ici un surhomme qui fait perdre toute dramaturgie aux combats.

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Une réalisation décevante

La réalisation de l’ensemble n’est pas mauvaise, mais on s’attendait à mieux venant de Sunrise. Outre la scène d’introduction, particulièrement dynamique et bien découpée en termes de montage, le reste est souvent peu fluide et les postures des personnages trop rigides pendant les scènes d’action. En revanche, les décors sont plutôt réussis et surtout très réalistes. Ceux d’entre vous qui ont eu l’opportunité d’aller au Japon pourront ainsi reconnaître aisément les différents endroits du film, comme la gare et le parc de Shinjuku. On s’étonnera juste de la pauvreté du décor de l’appartement de Nicky et Laura, qui semble être réduit à un simple canapé dans un salon vide. Pourquoi ne pas avoir repris tout simplement l’appart d’origine qui avait plus de caractère et faisait moins showroom ? Là encore, ça peut sembler anecdotique mais plusieurs scènes se déroulent dans ce décor. L’appartement est notamment plus petit dans le manga, plus chaleureux et surtout censé refléter le faible niveau de vie de Nicky et Laura, qui refusent bien souvent l’argent de leurs clients (noblesse morale oblige).

Mon avis

J’attendais avec impatience Nicky Larson : Private Eyes et mon attente n’a pas été comblée. Certes, on a fait pire en termes d’adaptation récente, mais ce nouveau film est dispensable et on préférera se replonger dans la série d’origine plutôt que de subir ce fade produit marketing.

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Thomas Osorio

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