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REVIEW – Osmosis

Quand le coup de cœur n’est pas au rendez-vous.

Sortez les drapeaux tricolores : Osmosis, la nouvelle série SF signée Netflix est… française ! Alors ne nous réjouissons pas non plus trop vite : oui, c’est une série française, oui, c’est de la science-fiction, mais est-ce une série SF crédible ? Pas tellement…

Le pitch

Osmosis est une série française de SF d’anticipation diffusée sur la plateforme de streaming depuis le 29 mars dernier. Cette série, étant l’adaptation d’une web-série d’Arte du même nom, s’inspire en grande partie des mécanismes et de l’esthétique de Black Mirror (autre série SF signée Netflix mais cette fois britannique).

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Dans un futur proche, un frère et une sœur, Paul et Esther Vanhove créent une nouvelle application, Osmosis, capable de décoder l’amour et de permettre à ses utilisateurs de trouver leur âme sœur grâce à des nano-robots implantés dans leur cerveau. L’amour serait alors une vérité absolue, une constante mesurable. Le but étant d’atteindre l’osmose parfaite. Le tout reposant sur cette utopie, cet idéal jusqu’à présent inatteignable : la certitude d’avoir trouvé LA bonne personne. Mais à quel prix ?

L’atmosphère générale

Cette série dont l’essence est l’amour, la connexion humaine, l’osmose est paradoxalement très austère avec de nombreux lieux clos et sombres, une lumière soit froide, soit agressive (avec les néons) et des personnages principaux (en particulier ceux qui travaillent pour Osmosis) stoïques et donc peu attachants. On a malgré tout quelques exceptions avec notamment la chaleur qui se dégage de la lumière utilisée pour Anna et l’empathie que l’on éprouve pour Niels, qui est victime d’un problème déjà actuel : la surexposition des jeunes à la pornographie.

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La complexité du scénario

Si le propos est intéressant et amène une certaine réflexion, la réalisation est quant à elle plutôt brouillon. Dès le premier épisode, plusieurs sous-intrigues viennent déjà compliquer la principale qui n’a même pas encore été complètement exposée. Osmosis s’attarde donc et se perd dans des arcs narratifs qui n’ont que peu, voire pas du tout de liens, et d’incidence sur l’histoire principale. On a droit au drame familial (dont on aurait pu se passer puisqu’il n’impacte pas la compréhension de la série), les problèmes de financement, les magouilles des investisseurs, une disparition supplémentaire, etc. Bref, de multiples éléments qui viennent court-circuiter l’intrigue et donc, de temps à autre, perdre les spectateurs. D’ailleurs, en parlant de disparition… Elle implique une enquête pendant quelques épisodes, peut-on faire une série française sans faire intervenir la police ou des enquêteurs à un moment de son histoire ?! Je sais que la quasi-totalité des séries françaises diffusées à la télévision inclut au choix : une disparition, un meurtre et donc une enquête. Mais bon, là, ce n’était clairement pas nécessaire.

Ce problème d’intrigues multiples n’est pas le seul élément qui complexifie le propos. Il y a également le fait que la série, sous prétexte d’être SF et de parler de nouvelles technologies, veut couvrir trop de thèmes à la fois. On a bien sûr le sexe virtuel avec un avatar, la rencontre entre la médecine et l’informatique, la personnification de l’IA (Martin) qui a des états d’âme et est capable d’aimer. Ces sujets ne sont pas inintéressants, bien au contraire, mais Osmosis a déjà du mal à développer son thème central, l’amour facilité grâce à la technologie, sur les huit épisodes. Il serait donc préférable de ne pas en rajouter.

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La crédibilité du propos

On a, en plus de tout ça, un problème de crédibilité de l’univers et de l’application en elle-même. Osmosis s’est très grandement inspirée de Black Mirror, autant sur le fond que sur la forme. Le problème est que là où la série britannique arrive à nous faire croire à chaque épisode à son univers futuriste ou à sa nouvelle technologie développée et son incidence, Osmosis n’y arrive pas tellement, à commencer par l’explication du fonctionnement des implants.

On nous noie sous un torrent, que dis-je à ce stade, un tsunami d’explications scientifiques qui s’enchaînent sans pour autant que l’on comprenne concrètement comment Osmosis est censée trouver notre âme sœur. Il faut limite un doctorat en neurosciences pour comprendre ! (mon bac S ne m’aura donc vraiment servi à rien dans la vie… même pas à comprendre cette série). Expliquer au maximum le fonctionnement du système ne le rend pas plus crédible. Au contraire, on a cette impression gênante que la série cherche à tout prix à se justifier, et à nous prouver que ça fonctionne et que c’est réaliste.

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La construction de l’univers n’aide pas non plus à rendre cette vision du futur crédible. Autant au niveau des lieux, comme la boîte de nuit archi-glauque à base de casques VR, qu’au niveau de la lumière avec les éclairages néons, on est dans une représentation prévisible et peu originale du monde de demain.

Les points positifs

Les plans extérieurs
  • Les paysages extérieurs sont soignés et emplis de verdure avec des plans des rooftops de Paris qui ne manquent pas de romantisme, et qui collent bien au thème de la série.
Des personnages progressistes
  • Au niveau des personnages, la série a au moins le mérite d’être inclusive à défaut de développer les personnalités de chacun, leur grand nombre n’aidant en rien. Le personnage de Billie mériterait, en ce sens, plus de développement.
  • Le personnage d’Esther, quoique légèrement cliché dans la personnalité froide et inapte émotionnellement du génie informatique, nous montre une femme scientifique passionnée, indépendante et libérée sexuellement bravant les stéréotypes de genre.

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L’amour philosophé
  • Le propos pousse, comme je le disais plus haut, à une réflexion plus profonde sur les relations amoureuses, et plus largement sur les relations humaines. Osmosis, avec son idée d’âmes sœurs, fait écho à la théorie de Platon selon laquelle ayant été séparés de leur moitié originelle par les dieux, les humains poursuivent le but tout au long de leur vie de retrouver cette moitié : leur âme sœur. Mais seul bémol, en prenant cette direction, Osmosis éclipse complètement le polyamour (le fait d’aimer plusieurs personnes à la fois), ce qui est dommage pour cette série inclusive.
  • La série aborde aussi de nombreuses questions liées à l’amour comme la confiance en l’autre, également la possession, le contrôle, l’exclusivité, la constance. La création de cette application témoigne d’un refus de l’échec et de la douleur en amour. Mais parfois, l’amour fait mal et l’ignorer à tout prix ne le fait pas disparaître. On a ici une « tyrannie du bonheur » où il n’est pas permis d’avoir des doutes. Toute cette réflexion est intéressante, mais malheureusement très mal exploitée. Il faut lire entre les lignes pour comprendre la profondeur du propos.

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En bref

En conclusion, à trop vouloir exploiter la fibre des nouvelles technologies et leur impact sur notre société, Osmosis se perd et peine à nous faire adhérer à son propos pourtant prometteur, et non sans intérêt. Si la multiplicité et la superficialité des personnages n’aident en rien à nous faire rentrer dans l’histoire, la complexité des explications scientifiques et le manque de crédibilité de l’univers nous en dissuade complètement.

C’est donc un premier essai de série SF plutôt loupé pour la France. En espérant que si saison 2 il y a, les réalisateurs sauront corriger le tir.

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