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REVIEW – Berserk

Si vos lectures du pays du Soleil-Levant sont plutôt cantonnées du côté des publications du magazine Shōnen Jump (Naruto, One Piece, Bleach, Dragon Ball…) et qu’au niveau de vos animes, on se situe dans la même veine, alors je vous citerai ce bon vieux Gandalf : « Fuyez… Pauvre fou !« 

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Non, non, ce n’est pas une blague, jeune otaku innocent, je ne juge pas tes goûts, loin de là, mais il est fort probable que tu ne sois pas prêt.
Lorsque vous tombez sur un volume de Berserk en magasin, il y a de fortes chances qu’il soit sous plastique avec la mention « pour public averti ». Et croyez-moi, c’est parfaitement justifié. Moi aussi au début, je pensais que c’était exagéré tout ça… mais il n’en est rien, le spectre du traumatisme plane sur le lecteur non-initié qui pensait avoir posé la main sur un manga des plus ordinaires.

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Berserk est un manga violent. Berserk est un manga sanglant… Berserk est un manga à ne pas mettre entre toutes les mains. Et si vous vous êtes toujours posé la question existentielle « Comment explose une tête frappée avec une énorme prothèse de bras en métal ? », vous allez avoir votre réponse. Mais restreindre Berserk à sa dureté de ton serait la plus grosse erreur de jugement que vous pourriez faire à l’encontre de cette œuvre. Au-delà de tout ça se trouve une excellente histoire pleine de rebondissements, de scènes mythiques savamment orchestrées d’une main de maître depuis plus de 30 ans par Kentarō Miura. Le premier chapitre a été publié en 1989, mais le premier prototype (qui a été implémenté à la fin du volume 14 si vous voulez le lire) a été créé en 1988. On est là en présence d’une grande épopée de la même envergure que L’Odyssée ou encore Le Seigneur des anneaux (je compte seulement la trilogie et pas tout l’univers de Tolkien.).

Bon, alors, au final, c’est quoi Berserk?

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Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne compte pas trop vous spoiler, cette review est plus pour vous présenter l’œuvre, son fonctionnement et pourquoi pas vous convaincre de vous y plonger.

Berserk s’inscrit dans la mouvance de la dark fantasy ou fantaisie noire si vous préférez la langue de Molière. C’est un sous-genre de la fantaisie à l’ambiance très sombre dans des univers proches de l’apocalypse et où, bien souvent, le « Mal » a quasiment déjà gagné. Comme exemple, on pourrait citer Conan le Barbare ou encore la saga du Sorceleur (oui, The Witcher). La série des jeux Dark Souls est également un très bon exemple récent. Fun fact, cette dernière est très inspirée de Berserk avec des clins d’œil ou des références plus ou moins discrètes.

Quand est-ce que FromSoftware récupère la licence pour nous faire un jeu dantesque sur ce manga ?!

L’histoire se déroule dans un monde médiéval fantastique peuplé de toutes sortes de créatures. Ça va des trolls au chevalier maudit en passant par des divinités gigantesques ainsi que des sorcières.

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Les créatures sont souvent immondes, mais à la fois fascinantes par leurs designs improbables à base de déformation humaine ou animale et l’ajout de tentacules, de crocs…

Divisés en plusieurs arcs scénaristiques, l’histoire et l’univers sont d’une rare densité. Les 3 premiers volumes vous présentent l’univers, certains de ses personnages ainsi que leurs enjeux. Puis on part dans un flash-back qui va quand même durer 10 volumes, parce que pour Kentarō Miura faire le boulot à moitié est inconcevable. Lors de ce flash-back, appelé aussi « l’Âge d’or » vous découvrirez pourquoi un monde très semblable à notre Europe médiévale a pu sombrer dans un tel chaos.

Et afin de sublimer son histoire, Miura nous offre des planches quasiment dignes de tableaux de maître.
Je n’ose imaginer le nombre de nuits blanches qu’il a pu passer sur certaines et qu’il a dû recommencer, car il n’était pas satisfait de son résultat.
Un manga reste souvent indissociable de son personnage emblématique, commençons donc par présenter son héros torturé : Guts.

Guts, ce héros tragique 

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Lorsque j’ai découvert Berserk pour la première fois, c’est son héros qui m’a poussé à vouloir en apprendre plus. Un homme de deux mètres avec une énorme épée en guise de bras gauche, une prothèse en métal qui dissimule un canon et sur laquelle il peut fixer une arbalète à répétition.

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C’est avec un tel arsenal qu’il combat d’énormes démons et monstres en tout genre. Ça m’a vraiment donné envie d’en savoir plus. Là où certains nous auraient mis une écolière de 14 ans avec un katana, ici, on est face à un personnage qui a une carrure à la hauteur de sa tâche.

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Surnommé le « Black Sword Man » il erre dans le monde d’une noirceur rarement égalée, à la recherche des « Apôtres » : de puissants démons autrefois humains ayant prêté serment auprès des God Hands, entités supérieures qui peuvent octroyer de grands pouvoirs en échange de ce qui compte le plus pour la personne les désirant. Bien décidé à tous les terrasser malgré sa condition de simple mortel, Guts a aussi l’air d’en vouloir plus particulièrement à un de ces fameux God Hands à qui il doit sa condition. Car en plus de son corps atrophié, notre épéiste noir est affublé d’une marque dans le cou.

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Cette marque attire les démons la nuit, car son âme leur a été promise.
Né d’une mère pendue, il a été recueilli par une troupe de mercenaires sans pitié qui lui ont appris à se battre afin qu’il gagne la nourriture qu’il mange.

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Dès son plus jeune âge armé comme un adulte, il risque sa vie. Devenu par la suite mercenaire solitaire passant de champs de bataille en champs de bataille, il faisait cavalier seul jusqu’au jour où blessé, il a été soigné par la troupe du faucon et a été plus ou moins forcé de les rejoindre.
À leur contact, Guts apprendra la fraternité et s’humanisera peu à peu.
Et si je vous parle de Guts, alors je n’ai pas le choix, il me faut aussi vous parler de Griffith.

Griffith, l’homme qui voulut son propre royaume

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Griffith est le leader de La Troupe du Faucon, une bande de mercenaires se battant pour le plus offrant. Doté d’un charisme quasiment « angélique », Griffith est un jeune homme ambitieux dont le rêve est d’avoir son propre royaume. N’étant pas de naissance noble, cela lui est normalement inaccessible. D’une détermination sans faille, il mettra sur pied la Troupe du Faucon avec comme but premier de commencer à se faire un nom.

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Stratège militaire surdoué et bretteur hors-pair, il acquit à sa cause bon nombre de soldats recherchant fortune et gloire. Mais beaucoup ont décidé de le suivre, car ils croient en son rêve et ont décidé de l’aider à l’accomplir coûte que coûte.
Griffith a en sa possession un artefact maudit, une Beherit. Mais j’y reviendrai un peu plus tard. 

L’univers

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L’univers de Berserk est façonné en plusieurs plans de réalité. Il y a tout d’abord le plan physique, là où vivent les humains avec leurs guerres, leurs royaumes, leurs intrigues de cour… .
Ensuite, vous avez le plan astral. Un monde où l’on trouve toutes les autres créatures dites fantastiques. Entre ces deux plans, il y a l’interstice. Une sorte de lien qui permet des incursions du monde astral dans le monde physique, comme l’apparition d’un troll ou un élémental invoqué par une sorcière.

Le monde astral est extrêmement vaste et lui-même sur plusieurs plans mais je préfère vous laisser le découvrir. Plus haut, je vous ai parlé des Beherit. Il est temps que je vous explique de quoi il retourne.

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Ces objets à la forme d’un œuf sont des artéfacts permettant de rentrer en contact avec les God hands. Elles sont destinées à des personnes bien précises pour un moment précis de leur existence. Elles trouveront toujours le chemin de leur propriétaire, en passant d’un marchand à l’autre par exemple. En échange du pouvoir et de la réalisation de votre rêve, un sacrifice sera exigé (oui, les apôtres cités plus tôt, c’est ça). Pour donner un élément comparatif, c’est un peu comme dans Avengers: Infinity War,  quand Thanos a voulu obtenir la pierre de la mort et qu’il a dû sacrifier (attention spoiler) Gamora.

Celle qui est en possession de Griffith n’est pas une simple Beherit d’apôtre. Elle lui réserve un autre destin qui déclenchera la fameuse éclipse ou sabbat qui se déroule à la fin du tome 13. C’est cet événement majeur suivi d’autre un peu plus tard qui mèneront au basculement du monde. La barrière entre les plans se brisera, le monde physique et le monde astral fusionneront.

Pour donner un comparatif qui parlera à quasiment tout le monde, c’est un peu (dans une moindre mesure) comme l’ascension de Palpatine dans Star Wars, suivie de l’ordre 66 qui plongea la galaxie dans une ère sombre ou encore la mort de Goku dans Dragon Ball, par une maladie cardiaque et l’arrivée des cyborgs, qui mèneront au futur apocalyptique de Trunks.

La grande force de ce manga, c’est qu’il ne nous raconte pas seulement une histoire, il nous la montre. Tout ce qui est arrivé aux personnages pour qu’ils en arrivent là est parfaitement calculé. Un développement gargantuesque. Une fresque dans laquelle tout le monde voit son histoire contée, même le plus insignifiant personnage secondaire aura quelques lignes qui lui seront consacrées.

Après éclipse

Cet événement majeur de la fin du tome 13 dont je vous parle depuis tout à l’heure est un peu le point de départ de l’histoire. Tout ce qui précédait était simplement là pour nous montrer les personnages et comprendre d’où ils viennent et quels sont leurs buts. Comme j’ai pris la décision de ne pas trop vous spoiler, je n’en dirai pas trop. Mais pour reprendre ma comparaison à l’œuvre d’Homère, c’est vraiment comme si l’Âge d’or était L’Iliade et le reste L’Odyssée. Comme dit plus haut, Guts s’est mis en chasse des apôtres afin de finir par trouver un moyen d’atteindre les God Hands.

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Il va pendant un temps redevenir seul et n’être plus que l’incarnation de sa propre vengeance.

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Les différents arcs narratifs dans un premier temps sont des chasses aux monstres. Mais ils servent également à installer certains éléments et expliquer le fonctionnement de l’univers du manga. Le développement des personnages progresse à chaque situation et au final peu voire aucune scène n’est inutile. Par exemple, il y a le personnage de Puck. Il s’agit d’un elfe qui a l’apparence d’une fée (oui, les elfes sont comme ça dans Berserk).

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Ce personnage sert un peu de sidekick qui en plus de dire des bêtises fait des têtes chibi. On serait en droit de se demander ce que peut bien faire un personnage pareil dans une œuvre aussi sombre. Et bien, il est là pour adoucir le ton de temps en temps, comme une sorte de « pause ». Au début Guts ne peut pas le voir. Il le tolère, car il sécrète une sorte de poudre cicatrisante ultra-rapide. Il le voit comme une « fiole de soin » en gros. Mais, au fur et à mesure, un lien se tisse entre les personnages. Et ce petit adoucissement de Guts le mènera à un peu plus faire confiance aux gens et peu à peu accepter de l’aide de temps à autres et de nouveau s’humaniser. C’est quasiment une communauté de l’anneau qui se formera autour de lui au fil des volumes.

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Les adaptations

Tout manga populaire finit par avoir son adaptation en anime, voire théâtrale ou cinématographique. Et dans le cas de Berserk… c’est une rumeur, une légende urbaine, il n’y a pas d’adaptation, on vous a menti, point !
Bon, ok, en vrai, il y en a eu trois. Trois de qualité très…. inégale pour rester poli !

La première est sortie en 1997 avec un total de 25 épisodes. Elle reprend l’Âge d’or au complet. Il y a quelques petites modifications, mais les dessins restent beaux, l’animation est bonne et ça a le mérite d’être assez fidèle, mine de rien. Si vous ne voulez pas vous lancer dans l’achat d’une série sans savoir si ça va vous plaire (on parle tout de même de 39 volumes au moment où j’écris cet article.), vous pouvez commencer par là. C’est personnellement comme ça que j’ai découvert Berserk et que j’ai fini par acheter le livre.

Voici un petit trailer, alors oui, c’est daté (surtout la musique choisie) mais ça vous donnera le ton. Vous pouvez notamment trouver la série sur Netflix.

Il y a ensuite eu une sorte de remake en 3 OAV sortis entre 2012 et 2013, et eux aussi disponibles sur Netflix. Si l’animation est franchement belle et les combats bien faits, pour le respect de l’histoire et des personnages, on repassera !
Non vraiment, si vous voulez découvrir l’histoire, ce n’est peut-être pas la meilleure solution. Et en plus pas moyen de trouver un trailer en VOSTFR… ce sera en VF, désolé.

Et pour finir, en 2016 sort la dernière adaptation en date, diffusée notamment sur Crunchyroll. Cette fois-ci le studio en charge du projet a voulu raconter la suite. L’Âge d’or ayant été adapté 2 fois, il était temps d’avoir la suite non ? Eh bien… il aurait peut-être été mieux de ne rien avoir du tout si vous voulez mon avis ! Cessons de tourner autour du pot. C’est mauvais. C’EST MOCHE ! Désolé, mais quand on adapte un manga aussi bien dessiné on ne le fait pas avec une direction artistique aussi discutable ! J’ai vu des jeux de PS2 plus beaux que ça ! Comme une image vaut mille mots, voici un trailer/teaser, attention, ça pique les yeux, je vous aurai prévenu !

Et je ne vous parlerai même pas du bruit que fait l’épée de Guts… J’ai tenu 3 épisodes. 3, pas plus… ils ont réussi l’exploit de faire passer à la trappe l’équivalent de 5 ou 6 bouquins entre l’épisode 1 et 2.

Bref, Berserk est une œuvre qui se lit, elle ne se visionne pas.
Il y a eu également 3 jeux vidéo. Un premier sur Dreamcast auquel le maître aurait activement participé. Je ne l’ai pas essayé donc je n’ai rien à dire dessus.
Ensuite, il y en a eu un sur PS2 qui n’est jamais sorti du Japon. Je l’ai essayé via l’émulation et c’est vraiment pas mal du tout. Un Hack n’slash où tout l’équipement de Guts est à disposition pour aborder les combats. Ça rappelle un peu les Castlevania ou Devil May Cry de l’époque.

Et on en a eu un dernier récemment sorti sur PC et PS4, mais je ne l’ai pas essayé. C’est un « musō » ou un Dynasty Warrior like si vous préférez. N’aimant pas vraiment ce style, je ne l’ai pas testé, mais les critiques ne sont pas des plus élogieuses.

Mon avis

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Vous l’aurez compris, je suis un grand fan de Berserk. Pour moi, il est LE manga ultime. Dans le sens que tout est là. Une grande histoire, un développement de personnages hallucinant et cohérent, des dessins somptueux et pas des arrière-plans totalement vides. De la violence, de la fraternité, de l’amour (si, si, je vous jure il y a une histoire d’amour), un univers vaste et d’une grande richesse. Berserk est une œuvre assez atypique et je comprendrais qu’elle ne plaise pas à tout le monde.

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Mais elle vaut plus que le détour et mon seul regret, c’est son rythme de parution très lent… Miura prend beaucoup de pauses dans son travail, mais au moins, son histoire et son univers se tiennent et ne sont pas parties dans des directions discutables parce qu’il fallait se dépêcher de sortir la suite. J’espère surtout que la fin existera bien un jour et ne pas en être déçu. Que ce soit un happy end ou la plus grande tragédie jamais écrite cela m’importe peu tant que c’est logique et aussi bien amené que le reste de l’œuvre. Je ne peux que vous encourager à vous plonger dans Berserk. Commencez par la vieille série anime si vous voulez même. Mais gardez tout de même à l’esprit que certaines scènes sont vraiment très dures. J’avais soulevé ce point dans ma review de ZETMAN, mais là, c’est un tout autre niveau.

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