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REVIEW – Bonne nuit Punpun

Et bonne nuit bien sûr ! Ah non, c’est bon appétit. Mais en même temps je n’ai plus faim. Ni envie de dormir d’ailleurs.

Bonne nuit Punpun est un manga de type seinen écrit et dessiné par Inio Asano, prépublié dans le magazine Weekly Young Sunday puis dans la magazine Big Comic Spirits, qui a enfin été compilé en 13 tomes aux éditions Shōgakukan. En France, c’est Kana qui en assure l’édition et la distribution depuis février 2012.

Il s’agit d’un manga très spécial tant il est à la fois candide, naïf (de par son personnage) et dur dans le traitement des sujets qu’il aborde. Ainsi, s’il y aurait mille et une choses à dire sur l’œuvre, je vais essayer de me concentrer sur celles qui m’ont touchées.

Le pitch

Comme son nom l’indique, le manga tournera autour de la vie de Punpun Punyama (dont le prénom signifie « têtu » en français), un petit garçon représenté sous les traits d’un oiseau caricatural. À travers ses yeux, le lecteur découvrira la vie de famille étrange du petit garçon japonais, sa vie à l’école, au lycée puis dans la vie active, mais aussi son premier amour et enfin ses différentes expériences amoureuses et sexuelles.

Pour Punpun, qui vit avec son oncle, l’histoire commence lorsqu’il rencontre Aiko, la nouvelle élève de sa classe, dont il commence à tomber amoureux. Le lecteur sera alors invité à suivre le quotidien presque banal et pourtant riche en psychologie du jeune garçon et de son groupe d’amis dans un monde d’adultes.

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La vraie histoire d’un enfant

Il ne sera pas nécessaire de chercher une ligne directrice pour comprendre le manga et où son créateur souhaite nous emmener car vous risqueriez à la fois d’être déçu et surtout de ne rien y comprendre tant il n’y a rien à comprendre. Comme toute personne « normale », Punpun vit sa vie, se pose des questions et cherche à se faire une place au sein d’une famille déséquilibrée dans laquelle son oncle dilettante l’éloigne d’un père a priori alcoolique et violent envers sa mère. On va vraiment passer un bon moment !

Dans Bonne nuit Punpun, tout est fait pour que le lecteur rentre avec une facilité déconcertante dans le personnage. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si les dessins très fins du manga laissent place à un trait simple et rapide en 2D lorsqu’il s’agit de son protagoniste. Ce dessin ultra simple permet au mangaka de supprimer toute émotion au personnage afin que le lecteur ressente lui-même directement l’émotion qu’il y projette.

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Nous sommes Punpun et vivons à travers lui. D’ailleurs, si le manga peut paraître « ennuyeux », c’est précisément parce qu’il dépeint la vie réelle, celle qui ne cherche pas forcément à nous emmener d’un point A à un point B dans laquelle tout serait écrit, comme dans un manga classique. Ainsi, l’intérêt de chaque scène résidera dans le travail de description permettant à l’auteur de nous faire rentrer dans la psychologie d’un enfant, d’un adolescent puis d’un homme.

C’est en proposant au lecteur de s’attacher puis d’incarner ce jeune garçon dont la prise de parole, très rare et qui ne se fait qu’à travers un écran noir, tel un aparté, que nous pouvons le plus facilement nous projeter et vivre l’histoire réellement à travers ses yeux. Or, quoi de plus dur que de se rendre compte que la violence et l’absurdité d’une société décadente, vue de façon ultra pessimiste, lorsque nous venons de prendre corps dans un personnage qui n’est qu’un enfant ?

Punpun ou la dépression de la vie

Maintenant que nous nous sommes penchés sur le « Punpun » du titre, intéressons nous au « Bonne nuit » car c’est aussi de ça dont il est question : une œuvre désabusée menant quasiment inéluctablement vers une fin sombre. Car la vie d’un enfant dans le monde réel, ce n’est pas celle que le shônen tente vainement de nous faire acheter, non non. La réalité, c’est que grandir et découvrir le monde à travers les yeux d’un enfant, soit un être a priori pur, nous permet de voir comme avec des lunettes à zoom x10 les travers des comportements humains et plus largement de nos sociétés. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait mal. Et c’est précisément là que le manga prend un aspect très sombre.

Pour commencer, si le manga débute sur une amourette pure et enfantine avec Aiko (dont les parents sont membres d’une secte), à mesure que le manga avance, Punpun évolue et apprend à faire face à des histoires d’amour complexes et souvent difficiles. Disons-le, côté amours, ce n’est pas le top. D’autant plus à la fin du manga dont je ne vous spoilerai rien. Mais ce point est tellement vrai que dans l’avant-dernier tome, le pauvre petit oiseau subit une scène assez difficile dans lequel celui-ci se fait violer. Ok, les amours, on oublie.

Côté professionnel, la vie n’est pas toujours facile et Punpun l’apprendra souvent à ses dépends. Heureusement, il est entouré d’amis très fidèles lorsqu’il est enfant. Mais voilà que ceux-ci finissent par se perdre de vue après l’école. Bon, c’est loupé. Heureusement, un dieu le protège tout du long, un dieu afro à lunettes qui n’apparaît que lorsqu’il chante une chanson que son oncle lui a apprise. On peut donc assez facilement comprendre que ce dieu aurait été inventé par celui-ci. Étrange, non ? Très vite va prendre place une nouvelle divinité : le dieu caca. Je ne développerai pas, mais le message du mangaka est clair : il ne croit a priori en aucune religion. Bon… les amis et la réussite, on oublie aussi.

En fait, vous savez, toutes ces petites choses de la vie qui peuvent nous rendre heureux ? Eh bien dans Bonne nuit Punpun, toutes ces thématiques que sont la famille, l’amour, les amis, la réussite professionnelle sont traitées sous le trait de l’échec mettant en scène non pas un manga déprimant (bien que franchement…) mais un manga malheureusement réaliste. La scène de fin en est l’exemple parfait, celle où le lecteur se met à la place d’Harumin, un ami d’enfant de Punpun, et le voit Punpun entouré d’amis et a priori très heureux. Mais voilà, le lecteur sait, le lecteur connaît la réalité. L’échec est partout et se cache souvent sous de faux semblants, d’autant plus s’il se tapit dans une société de l’apparence dans laquelle oser montrer son désespoir ne serait pas bienvenu.

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Mon avis

Ne vous y trompez pas, Bonne nuit Punpun est bel et bien un seinen. Probablement un des plus difficiles et des plus indiciblement violents que j’ai pu lire tant le mangaka offre une critique désabusée d’une société violente dans laquelle le lecteur, grâce aux traits simplistes du petit oiseau, réussit à se projeter sans difficulté.

Si on peut reprocher au manga de ne pas proposer de réelle intrigue en dehors des rebondissements de la vie d’une personne totalement lambda, le manga présente de sérieux atouts. En effet, le lecteur, s’il ne lâche pas l’oeuvre par fatigue ou par ennui, profitera des nombreux détails de chaque dessin, de l’intensité de l’émotion de chaque scène et du soin tout particulier avec lequel le mangaka nous plonge dans un quotidien qui semble réel à s’y méprendre, celui d’un enfant qui grandit autour du mensonge, de la mort, de la maladie, des violences conjugales, l’alcoolisme, de l’impossibilité d’aimer sa mère, du viol et plus globalement de l’échec.

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