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REVIEW – SPLIT (2017)

J’ai toujours aimé les films d’horreur, thrillers et autres longs métrages complexes. Non pas pour la crédibilité de leur univers, ou le fait que je m’identifie aux personnages qui peuplent ces films, mais parce que j’ai l’impression d’être moins con quand je les comprends. Ah si, je déteste les films qui comportent des scènes « Screamers » ou « Jump-scare ». Le coup de flippe du pauvre quoi. Et ça, clairement, je n’aime pas.

Mercredi dernier sortait SPLIT, souligné à la réalisation par le célèbre M. Night Shyamalan. Réalisateur controversé puisqu’il s’est fait connaître avec de bons films tels que Sixième Sens ou Incassable, avant de tomber de haut avec des films comme Signes ou Le Village. Je pourrais en parler pendant longtemps, mais ce n’est pas le sujet ici et dans l’absolu Karim Debbache développe très bien les mésaventures du réalisateur dans son excellente web-série Chroma.

Comme la plupart des films de Shyamalan, pour ne pas dire tous les films qu’il a réalisés, la fin de la narration est marquée par un twist final qui change radicalement la perception du film, des héros et des faits par le spectateur. Généralement, on reste bouche bée et on regarde le ciel en murmurant : « Shyamalan, petit coquin ». Et si vous ne faites pas ça, ce n’est pas grave, ça ne vous empêche pas d’apprécier -ou non- les films de ce dernier.

Si je vous parle de twist final, ce n’est pas par hasard et vous vous douterez bien que le film en cache un. Ou plusieurs. Donc, l’article présent va être fractionné en deux parties distinctes, le premier parlera du film de manière technique et le second se concentrera sur la narration, les personnages et la surprise de fin. En gros si vous n’avez pas encore vu le film, ne vous gâchez pas la surprise et arrêtez votre lecture lorsque vous verrez les mots SPOILERS AHEAD.

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Et il insiste.

« Have you seen my daughter ? »

Pour résumer le début l’histoire : trois adolescentes se font kidnapper par un homme nommé Dennis qui les enferme dans une chambre, dans un lieu inconnu. L’homme se présente à plusieurs reprises aux adolescentes en adoptant plusieurs comportements et accoutrements différents. Casey, la plus lucide des adolescentes comprend très vite que Dennis souffre de TDI (Trouble Dissociatif de l’Identité) et se lie particulièrement à l’une d’entre-elles : Hedwig, l’identité d’un garçon de 9 ans, innocent, joueur et curieux. Mais les identités qui habitent sa conscience s’échangent de manière aléatoire le contrôle du corps, et celui de Dennis revient à la surface pour empêcher les adolescentes de prendre la fuite.

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Lui, c’est Hedwig. Il a 9 ans, et il écoute du Kanye West.

Parallèlement, Dennis est suivi par une psychiatre renommée, le Dr Fletcher. On apprend par le biais de ses analyses et de son expérience que Dennis n’est qu’une personnalité parmi 23 autres facettes qui ont été créées par Kevin. Ce dernier s’avère être l’identité originale, qui a laissé son inconscient créer différentes identités pour pallier une multitude traumatismes qu’il a vécus durant son enfance. D’autres personnalités existent par besoin de se fondre dans la masse, tel que celui de Barry qui lui permet de vivre quotidiennement une vie d’artiste de mode.

Dans le lieu où sont détenues les adolescentes, Kevin est habité par Dennis, une identité maniaque qui ne supporte pas la saleté, ou encore Patricia, une quadragénaire bienveillante aux croyances extrêmes. Durant une tentative de fuite, les adolescentes se retrouvent séparées, enfermées dans diverses salles du lieu. Par la suite, Casey tente de s’approcher et de comprendre les différentes personnalités de Kevin avant d’apprendre que leur enlèvement ne sert qu’à une seule chose : nourrir la bête, la 24ème personnalité qui est sur le point de prendre le contrôle.

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Elle, c’est Casey. Et elle n’a vraiment pas la vie facile.

Dans la lumière, j’ai peur

S’il y a bien une chose que j’ai particulièrement appréciée, c’est que le film ne passe pas par des chemins sinueux pour nous amener à l’histoire. Le film débute sur les adolescentes, leur kidnapping et la découverte du personnage qu’est Kevin. Efficace, net et précis. Les plans s’enchaînent à un rythme qui laisse juste suffisamment le temps de comprendre ce qui arrive. Donc, d’abord MERCI monsieur le réalisateur, c’est très bien comme mise en bouche et une introduction plus longue m’aurait semblé inutile. Et ce qui est bon, c’est que c’est tout le temps comme ça dans le film. Pas de fioritures, que de la bonne bouffe.

En effet, on peut reconnaître la patte de Shyamalan dans le style de cadrage, la lumière ou le rythme de narration, mais là où il a excellé dans ce film, c’est dans la retranscription du malaise que vivent les adolescentes et de ce qui les entoure.

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Sale, mais dans la lumière. Propre mais cassé. On retrouve souvent ce genre de plans dans le film, qui est également un rayonnement du personnage de Kevin (au centre).

Sur une grande partie du film, je ne me suis pas senti à l’aise. Mais ce n’était pas une mauvaise expérience, loin de là : l’ambiance, la lumière, les bruits des scènes m’ont amené dans un univers malsain, usé et voyeur. Pas nécessairement sombre. Les différentes personnalités de Kevin sont si bien montrées qu’elles transpirent de l’écran et m’ont fait trembler de l’intérieur. La sensation d’être en présence d’un personnage qui est partout et nulle part à la fois, que l’on découvre progressivement et en qui l’on ne peut avoir confiance malgré les fêlures qui parcourent sa conscience est bien présente.

La réalisation est impressionnante, le jeu d’acteur de James McAvoy l’est encore plus. En effet, interpréter un personnage dans un contexte de thriller psychologique est déjà un challenge. Mais interpréter un personnage souffrant de TDI, qui se transforme et adopte des comportements fondamentalement différents, c’est du délire. Un délire qu’il a accompli à merveille. Chaque personnage a ses mimiques, ses mots, son accent, ses gestes et est conforme à ce qu’il est censé représenter à chaque fois qu’il passe à l’écran. Juste tout en étant fou, l’acteur réussit ici un exploit particulier, que le réalisateur a su faire briller tout le long du film.

Notable, mais moins impressionnant, Anya Taylor-Joy joue le rôle de Casey, la plus futée des trois adolescentes kidnappées. Les passages à l’écran de l’actrice sont souvent synonymes de terreur, d’effroi, de stress et de prise en courage forcé. Le catalogue de l’actrice est indiscutablement bien fourni et son jeu très correct, mais elle est malheureusement fauchée par l’excellente prestation de James McAvoy et de « ses nombreux rôles ».

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Il y a aussi ces deux personnages, mais très franchement : on s’en cogne.

SPOILERS AHEAD !

Si vous n’avez pas encore vu le film, je vous invite à ne pas lire la suite et uniquement qu’après avoir vu le bon -voire très bon en fonction des avis- film de M. Night Shyamalan. Remarquez, au moins je l’aurais dit : c’est un bon film voilà.


Maintenant, si vous l’avez déjà vu, que vous soyez d’accord ou non, voici la suite :

Mon nom est Légion, car nous somme nombreux. Ah non, la Horde. Pardon.

Bon pour le coup, si vous avez vu le film, vous allez assez vite comprendre de quoi je parle. On y apprend que Kevin change morphologiquement à chaque fois qu’il est sous le contrôle d’une identité différente, au point que sa physiologie se voit transformée en fonction du personnage en règne dans la conscience.

On y découvre de courtes vidéos qui font office de journaux des nombreuses identités de Kevin en même temps que Casey peu avant l’affrontement final entre ces deux protagonistes. Dans ces vidéos, on y comprend que les identités affectent le corps de Kevin, et le transforme au point de déclencher des TOC, des maladies comme le diabète, des changements drastiques. Chaque identité possède ses caractéristiques, comme s’il s’agissait de personnes radicalement différentes, mentalement et physiquement.

Peu à peu, on apprend que les 23 identités de Kevin ne sont gouvernées que par 3 identités principales, qui se nomment « la Horde« . Les 3 identités sont Hedwig, Dennis et Patricia. Les deux derniers se donnent pour but de protéger les autres mais devant le manque de force physique et mental, ont lentement laissé une 24ème identité émerger : celui d’une bête sauvage qui est l’amalgame de plusieurs animaux.

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La Bête et son appétit insatiable.

La suite en résumé : Kevin laisse la Bête prendre le contrôle de son corps, se transforme littéralement en augmentant sa masse musculaire, sa taille, la solidité de sa peau se renforce, parvient à tuer sa psychiatre Dr Fletcher qui était venue à sa rencontre par inquiétude et à dévorer les deux adolescentes des trois qui ont été kidnappées. Il reste alors Casey qui met la main sur un fusil de chasse et se retrouve face à la Bête. Elle parvient à le fuir, mais se retrouve dans les bas-fonds du lieu. Face à un cul de sac, elle se retrouve alors forcée d’affronter la Bête. Blessée, elle se retranche dans une cage et parvient à tirer à deux reprises sur son agresseur, ce qui lui inflige des dégâts superficiels malgré la puissance du fusil.

Commence alors un petit twist que l’on voit venir tout le long du film : la Bête remarque que le corps de Casey est lacéré de toutes parts, et comprend alors qu’elle a été victime de viols dans sa vie, plus précisément par son oncle. Il explique alors qu’elle est « pure », comme lui. Le but du kidnapping n’était pas seulement de se nourrir mais de tuer des personnes qu’il qualifie « d’impurs ». Ses critères reposent sur le fait qu’une personne n’ayant pas vécu des traumatismes ne peut pas le comprendre, lui et le fait qu’il soit brisé de l’intérieur. C’est alors qu’il laisse Casey dans la cage et décide de prendre la fuite.

Kevin travaillant en réalité en tant que manutentionnaire dans un Zoo, on découvre que la Bête a copié diverses particularités d’animaux, tels que la peau et la force d’un rhinocéros, l’agilité d’un guépard et l’appétit d’un lion. Il habite également en-dessous, dans les locaux de manutention, et c’est ici qu’il y a enfermé les trois adolescentes qu’il a kidnappées.

Casey termine sa mésaventure ici, secourue par un des manutentionnaire du Zoo, puis par les forces de police qui cherchent à remettre l’adolescente à son tuteur, l’oncle qui l’a violée à plusieurs reprises.

Je suis conscient que j’ai omis plusieurs détails du film, mais je me suis concentré sur les faits importants pour la suite de l’article.

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Casey et Kevin, les deux protagonistes qui ont subi des traumatismes durant leur enfance.

On s’est fait avoir. Une fois de plus, mais pour le plus grand bien.

SPLIT, en fait, c’est un thriller qui cache un film de super-héros et c’est la raison pour laquelle je vous en parle sur MyGeekActu. Plus exactement un film qui retrace la fin de naissance d’un super-vilain. Oui, je pèse bien mes mots et je m’explique de ce pas :

Dans les dernières scènes de SPLIT, on y voit La Bête qui cherche à se rétablir de ses blessures, qui semblent au final superficielles. Hedwig, sa personnalité enfantine est ébahi par les possibilités et la robustesse du corps lorsqu’il est en possession de l’identité sauvage. On y comprend alors que La Bête a convaincu le reste des personnalités qui habitent Kevin et prendra désormais le contrôle du corps pour ses prochains projets, à savoir : se montrer au grand jour et chasser ou dévorer les gens qu’il qualifie d’impur.

SPLIT se termine ensuite sur une scène se déroulant dans un petit restaurant dans lequel la télévision diffuse les informations locales, parlant des incidents. Kevin et sa dangerosité est décrite et une cliente du restaurant relate le souvenir d’une personne similaire qui a marqué les actualités 15 ans plus tôt, mais dont elle ne se souvient plus du pseudonyme qui lui était attitré.

Bruce Willis apparaît alors à l’écran, arborant un bleu de travail avec « David DUNN » écrit dessus, et donne alors la réplique à la cliente en disant que la personne qui a fait la une autrefois s’appelait « Mr Glass ». Ces personnages nous viennent tout droit d’un autre film de Shyamalan sorti en 2000, Incassable !

Qu’est-ce que ça veut dire ? Déjà, ça veut dire que SPLIT et Incassable appartiennent au même univers. L’apparition du personnage interprété par Bruce Willis n’est pas anodine, et n’est que le teasing d’une suite qui aura un ton bien différent de ce que l’on a vu jusqu’alors.

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David Dunn, le super-héros malgré lui. En quelque sorte.

Mais pour bien comprendre le tout, il faut remonter des années en arrière, et parler un peu d’Incassable. Si vous ne l’avez pas vu, je vais le résumer rapidement (SPOILERS, tout ça, tout ça) : le film mettait en avant David Dunn, un gardien de sécurité menant une vie banale, qui après avoir été victime d’un horrible accident de train se retrouve littéralement incassable, invulnérable. Il mène durant tout le film une quête pour comprendre l’origine de son super-pouvoir. Il rencontrera alors Elijah Price, le fameux Mr Glass, interprété à l’époque par Samuel L. Jackson, un handicapé misanthrope contractant la maladie des os de verre.

David Dunn découvre petit à petit l’étendue de son don qui a été en réalité toujours présent dans sa vie : une force surhumaine, aucune maladie ne l’atteint et n’a jamais été blessé de quoi que ce soit. Progressivement, il découvre qu’il a le pouvoir d’obtenir des visions. En effet, à chaque fois qu’il touche une personne ou un objet, il entrevoit des visions de méfaits qui se sont passés ou qui sont susceptibles d’arriver. C’est grâce à ces visions qu’il se rend compte qu’une personne qu’il a bousculée à une station de train tentera de tuer un père de famille dans une maison. Il suit alors cette personne à son insu, restant loin de lui, et découvre qu’il pénètre dans une villa, a tué un homme qui s’avère être le père d’une famille de deux adolescentes. Il libère les deux sœurs qui étaient ligotées dans la salle de bain avant de tenter de sauver également leur mère mais se retrouve poussé par le criminel dans la piscine de la villa. Alors qu’il est sur le point de se noyer, il se retrouve à son tour sauvé par les sœurs qui lui tendent un bâton pour le tirer de l’eau. De nouveau sur pied, il retrouve le criminel et lui tord le cou, le tuant alors et sauve le reste de la famille.

C’est ainsi que sa vie de « super-héros » débute.

A contrario, Elijah Price est une personne extrêmement fragile, se fracturant ses jambes dans une chute d’escalier durant le film. Avance rapide, on y apprend que Mr Glass est le « méchant » de l’histoire, celui qui organisait de tragiques événements et accidents qui ont lieu à travers le monde. Son but ultime était de trouver l’exact opposé de ce qu’il est, à savoir une personne indestructible. Le film se termine sur cette découverte avec un panneau de fin nous informant que Mr Glass sera par la suite attrapé par les autorités et placé en hôpital psychiatrique.

A l’image d’Incassable, SPLIT est un film qui retrace l’évolution d’un personnage qui découvre ses pouvoirs, et ses objectifs. On est trompé du début à la fin, on croit que l’on va voir un thriller et on se retrouve à la genèse d’un super-héros, ou d’un super-vilain dans le cas de SPLIT. Le fait que ces deux films fassent partie du même univers présage que David Dunn et Kevin vont croiser leurs chemins, et sans doute s’affronter.

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Et Kevin Wendell Crumb, la Bête. Le méchant, le super-vilain qui peut se transformer en ce qu’il veut, tant qu’il y croit à mort.

Bon, je mange quoi la prochaine fois ? Un thriller ? Un film d’action ?

Eh bien… On ne sait pas. Pour l’instant. La suite des réalisations de M. Night Shyamalan dépend de la réussite commerciale de SPLIT (cf. sa réponse lors d’un interview). Evidemment, vu la qualité du film, je lui souhaite de bon cœur que ça fonctionne bien au box-office car j’ai hâte de savoir ce qu’il nous réserve dans ses projets !

Là où ce film m’a beaucoup étonné, c’est dans sa capacité à dissimuler ses vraies intentions. OK, c’est un bon thriller, mais un thriller qui fait un lien avec un film qui est sorti 17 ans plus tôt, qui ajoute de la crédibilité à l’univers d’Incassable, que dans la diégèse de ce dernier il y a sans doute d’autres super-héros et d’autres super-vilains… On en a fait du chemin.

Et moi j’ai hâte d’en faire encore, monsieur Shyamalan. Chapeau bas.

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« Syamalan, petit coquin ! »
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